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10 octobre 2009

En actes...

Bonjour à tous !
Les idées commencent à se préciser.
Nous lirons patiemment le livre des Actes, tout en faisant de larges pauses pour suivre les « fils » ou « branches» proposés par le texte lui-même, ou nos contributions et témoignages. Les pages du livre Oserai-je ? nous apporteront d'autres temps de respiration ... ou d'inspiration ?
Au cours de ce parcours, nous reviendrons fréquemment sur les chapitres 1 et 2 du livre, qui agissent comme une sorte de « programme » pour la suite (le prochain billet va vous détailler cela).
Pour éclairer notre parcours, nous vous proposons de relier les thématiques qui vont se dégager autour de quelques « grandes questions » associées à des verbes :

  • vivre, survivre, revivre, rebondir ... quand après la disparition, la rupture on commence à relever la tête, ou quand on a simplement le sentiment de la joie ou du bonheur, quand c'est le temps de rire mais parfois de pleurer ... et l'espérance au bout !
  • bâtir, construire, créer, reconstruire ... une histoire de nouveautés, de ce qui n'existe pas encore mais va naître, que ce soit un enfant, une communauté, une association, une œuvre d'art
  • cheminer, avancer, surmonter ... que ce soit au long d'une vie, avec un conjoint, seul ou dans une communauté, face à des obstacles, à la maladie ou la fin de vie
  • choisir, s'orienter, décider, accepter ... parce que tout ne se vaut pas : qu'est-ce qui est bon ?
  • partager, échanger ... est-ce que tout cela a un sens si je le garde pour moi tout seul ?
  • s'enraciner ... dans un nouveau pays, peut-être, dans une communauté, ou simplement dans la foi ?
  • témoigner... de sa foi, évidemment ... oui, mais comment ?
  • agir, s'engager ... pour la justice, dans un service, pour une idée, sans évacuer les questions matérielles (l'argent !)
  • et enfin, prier ... n'importe où, n'importe quand, de toutes les manières, pour toutes sortes de raisons ?
Le livre des Actes « zappe » fréquemment entre ces questions, si bien que nous aurons toutes sortes d'occasions pour approfondir.

17 mai 2008

Prier comme un acte de résistance (1)

Le pasteur Jean-Pierre Nizet ayant aimablement accepté de nous faire bénéficier de sa prédication du dimanche 13 avril 2008 sur Marc 1, v.14 à 38, nous vous la proposons en deux billets (qu'il vous appartiendra de séparer par un moment musical approprié).


Je voudrais avec vous creuser le premier chapitre de l’évangile de Marc, revivre cette première journée du ministère public de Jésus afin de souligner pour chacun d’entre nous la nécessité de vivre le temps de l’écart et du questionnement sur notre présence au monde.

Penser la prière comme le temps d’un déplacement indispensable, non pour se soustraire au monde mais au contraire pour s’y engager, renouvelé.
« Aussitôt Jésus appela Simon et André, Jacques et Jean…
Aussitôt ils abandonnèrent leurs filets…
Ils pénètrent dans Capharnaüm, le jour du sabbat, aussitôt Jésus entre dans la synagogue et enseigne.
Aussitôt se tient là un homme possédé par un esprit. Jésus le guérit.
Aussitôt, la renommée de Jésus se répand dans la région de Galilée.
Sortant de la synagogue, aussitôt il allèrent dans la maison de Simon et d’André, aussitôt on parle de la belle-mère de Simon à Jésus : il la guérit.
Et le soir venu, il guérit d’autres malades. »

Aussitôt, aussitôt, aussitôt: onze fois l’adverbe grec est utilisé dans ce premier chapitre. Marc nous fait entendre l’urgence d’une proclamation en actes et en paroles. Tout le chapitre est quasiment contenu dans une journée. Cette indication temporelle renforce encore cette notion d’urgence.
Tout se précipite…
Le temps et l’espace, dès ce premier jour, semblent saturés. Et même si Jésus est la plupart du temps sujet de ces « aussitôt », il est comme débordé, submergé…
Submergé par ces demandes incessantes et totalisantes : « la Galilée entière »,« toute la ville », « tous les malades » …
Il est demandé à Jésus de tout comprendre, de tout guérir, de tout maîtriser.

Marc parle peu de la tentation mais nous savons que céder à la tentation, c’est précisément dans l’évangile, échapper aux limites humaines. Jésus, dès le premier jour de son ministère, est comme encerclé par la tentation de la toute puissance.

Dans le même sens, Jésus doit faire face à des confessions de foi bruyantes. Je dis « faire face » car ces confessions de fois prématurées dénaturent le projet de Dieu où seul doit parler le silence de la croix et du tombeau vide.
Comme le dit ma collègue Françoise Pujol, qui commentait ce texte, ces confessions de foi rendent Dieu absent par trop de présence.


Nous comprenons alors les consignes de silence de Jésus. « Sois muselé », « tais-toi », « ne dis rien à personne »… Nous comprenons aussi la nécessité pour Jésus d’un déplacement, d’un éloignement. « Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert et là, il priait. »

À la suite des dérives du premier jour, Jésus va se déplacer, se décaler physiquement pour prier. Marc écrit avec concision : « Là, il priait ». En grec, le verbe prier se dit toujours à la forme passive. Prier ne serait pas demander mais se laisser accueillir.
« Ouvre ta bouche et je l’emplirai » dit le psalmiste (Psaume 81).
Le verbe à l’imparfait contient l’idée d’une durée. Loin du temps des saccades, des accélérations, des « aussitôt », loin des mouvements tourmentés, « là, il priait ».
La prière est ici un acte de résistance car il faut de la force pour se lever le matin à la nuit noire, pour sortir, marcher vers un lieu désert, s’écarter.
Arrachement de Jésus et acharnement à le retrouver.
Jésus est comme rattrapé par l’emballement contagieux de la foule.
Le verbe qu’utilise Marc est un « hapax » (mot dont on ne peut relever qu’un exemple à une époque donnée). Littéralement, Simon et les autres poursuivent Jésus. Jésus est littéralement poursuivi, poursuivi par ce « tous te cherchent ».

C’est alors que Jésus fait cette réponse, une réponse qui prend peut-être sa source dans la prière même qu’il vient de vivre : « Allons ailleurs ».

16 mai 2008

Prier comme acte de résistance (2)

Jean-Sébastien Bach en 1735, à la demande d’un de ses proches, a écrit un livre sur sa famille, où il fait le récit de la vie de son ancêtre Veit Bach. C’était un luthérien qui vivait en Hongrie au XVI°s, parti de son pays pour vivre sa foi en Allemagne en Thuringe, berceau de la Réforme.
Meunier, il avait vendu tous ses biens en Hongrie, et il racheta un moulin en Thuringe. Tandis que les meules broyaient le grain, il jouait de la cithare. Et Jean-Sébastien Bach conclut ce récit en écrivant : « Au moins, mon ancêtre a appris le sens de la mesure ».

Frères et sœurs, nous sommes tous écrasés par le poids des soucis, l’usure de la vie, broyés par la meule de nos angoisses, des difficultés de l’existence. Alors pour garder la mesure dans nos cœurs désordonnés où s’accrochent tant d’émotions, pour permettre aux sédiments de l’être de se reposer loin de l’agitation, pour s’ouvrir à la présence de Dieu, il nous faut en quelque sorte une cithare, la cithare de Veit Bach est ici la figure même de la prière.

Une prière qui ne sert à rien si on se place sous l‘angle de la productivité, sous l‘angle du rendement, sous l’angle de la meule qui écrase. Poser la question à quoi sert la prière revient à demander à quoi sert la musique. Pour Veit Bach, la cithare vibrait à l’essentiel.

Reprenant ce qui a été dit depuis l’évangile de Marc, la prière, c’est aussi ce questionnement sur ma présence au monde, ce travail du silence où j’entends le projet de Dieu pour moi, c’est le lieu privilégié d’une rencontre où je suis appelé à me déplacer ailleurs, à poser des actes, à porter des paroles, à assumer des responsabilités dans ce monde.

Oui, dans ce monde de plus en plus confus où prolifère le rien, où la laideur s’étale partout, où la violence se démultiplie, où nous sommes soi-disant tous connectés mais où dans le même temps, nous assistons à la disparition du principe de « la prééminence de l’autre », dans ce monde où fuir semble être une réponse, et, désespérer, une tentation, la prière est une nécessité vitale…

« Au matin de la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert et là, il priait ».

Risquons-nous à un dernier commentaire. Marc précise : Jésus se lève au matin, à la nuit noire. Cette indication de temps rappelle étrangement le récit de la résurrection où les femmes se lèvent elles aussi au matin, à la nuit noire, à la recherche du corps de Jésus. Marc dont l’évangile est le plus architecturé, en rapprochant ces deux récits, a certainement une intention théologique.

Peut-être veut-il nous dire que « Prier » c’est se situer dans un mouvement, une dynamique de résurrection. « Prier » n’a jamais été « fuir » ou « déserter » le monde, mais puiser dans le silence le courage d’être. Prier c’est reconnaître en Christ, « Le Vivant », une force d’arrachement à la nuit de ce monde et une force d’engagement, de proclamation et d’espérance.

Amen.

04 mai 2007

Ascensions

Pourquoi découvre-t-on les personnages d'Élie et Moïse dans la scène de la transfiguration ? La meilleure réponse se trouve dans les textes eux-mêmes. Concernant Élie c'est dans II Rois 2, et pour Moïse c'est dans Deutéronome 34. La fin du livre de Malachie résonne aussi avec ce texte, lisez-la. Tant qu'à faire, puisque c'est bientôt, nous pouvons nous interroger sur l'Ascension ; les traces sont maigres, lisez la fin de l'Évangile de Luc et le début du livre des Actes c'est à peu près tout. Quel point commun entre toutes ces situations ? Pas de tombeau ! Aucun culte !
Alors, pour illustrer ce petit billet, quoi de mieux qu'un grand bol d'oxygène ?



13 février 2007

Le démoniaque et la prison

Bonsoir !
Voici ce qu'écrivait mon père il y a quelques années.
Les évangélistes Marc et Luc nous racontent que Jésus demanda son nom à l’esprit impur, c’est-à-dire qu’au lieu de s’adresser à ce « démoniaque » comme à un fou dangereux, il l’interroge comme une victime d’une maladie qui le submerge. Nommer cette folie, c’est la diagnostiquer et ouvrir la voie de la guérison avec l’aide du malade. C’est l’expérience que vivent très souvent les aumôniers et les visiteurs de prison. Pour beaucoup de ceux qu’ils rencontrent derrière les barreaux, c’est la première fois de leur vie que quelqu’un s’adresse à eux personnellement et de façon désintéressée.

Bien souvent, ils n’ont pas connu leur père ; ils ont été élevés dans des centres d’éducation surveillée, loin de toute famille et de ses sources d’affection ; déjà avant la prison, ils ont été considérés comme des numéros, puis comme des indésirables, et enfin comme des individus dangereux. En réponse à toutes ces exclusions, leur révolte gronde et leur comportement les fait de plus en plus ressembler au portrait que nos media en font.
Pourtant quelques uns, parfois même les plus isolés, arrivent à s’en sortir. Armés de leur courage, de leur intelligence, armés parfois de l’Évangile qu’ils ont découvert ou redécouvert en prison, ils arrivent à surmonter les innombrables obstacles dressés sur la voie de leur insertion sociale. Alors, quelquefois, ils parlent et ce qu’ils disent est fort dérangeant pour nous qui nous sentions bien à l’abri et acceptions bien volontiers de les savoir en prison : ces jeunes hommes témoignent de l’injustice qu’ils ont subie dès leur naissance, de la cruauté de la réponse de la société à leur égard. Ils crient leur haine de ceux qui ne les ont pas accueillis avec l’affection qu’ils attendaient.

Mais , voyez-vous, le démoniaque gadarénien lui aussi, a été très dérangeant par sa guérison ! Tout un troupeau de porcs précipité dans la mer ! Les gardiens de ce troupeau, affolés, se sont dépêchés d’aller se disculper devant leurs propriétaires ; ils ont sans doute bien réussi puisque ceux-ci, sortis furieux de leur village, ont fait retomber leur colère sur Jésus et sur ses disciples.
Qui se souciait d’un pauvre diable exclu du village et réduit à coucher nu dans un tombeau ? Les gadaréniens ne s’en inquiétaient guère ; mais perdre tout un troupeau de porcs, c’était inadmissible et le coupable devait être jugé, châtié et chassé. Un troupeau de porcs noyé ou un troupeau de voitures incendiées, n’est-ce pas la même violence, qui n’arrive pas à s’exprimer par des paroles ?

Voilà la justice des hommes : l’indifférence générale pour des malheureux sans vêtement et sans toit ; mais l’indignation, le jugement et la condamnation quand des richesses sont perdues.
Est-ce différent aujourd’hui ? Qui se soucie des 60.000 détenus dans les prisons françaises, des 90.000 personnes qui y passent chaque année ? Les assureurs et les marchands de serrures électroniques font de bonnes affaires ; mais il n’y a pas assez de crédits pour la prévention et pour la réinsertion sociale. Pourtant, l’unanimité s’est faite sur l’effet nocif de la prison, surtout lorsqu’il s’agit de maisons d’arrêt surpeuplées. Tous le confirment, jusqu’à un ministre de la justice qui a dit : « Nous fabriquons de la délinquance par un recours systématique à la prison. » Mais qui s’en soucie ? Les juges continuent à condamner de jeunes voleurs à des mois et des années de prison, alors qu’ils pourraient recourir plus fréquemment à des sanctions hors prison. L’opinion publique se recroqueville dans la peur, ravivée trop souvent par des faits divers, montés en épingle par une certaine presse.

Aujourd’hui, on ne s’inquiète plus pour des porcs, mais si un troupeau de voitures est brûlé par des jeunes devant lesquels toutes les portes ont été fermées, on nous affirme que c’est intolérable ; il faut, nous dit-on, d’une part protéger, cadenasser ces biens précieux et d’autre part, enfermer dans des cimetières, non pardon, dans des prisons ceux qui sont tenus pour dangereux.
On nous dit que la sécurité est menacée. Mais n’est-elle pas davantage mise en péril par la récidive des prisonniers libérés sans préparation et sans ressources après quelques mois ou quelques années de prison, plutôt que par les vols de délinquants primaires dans les parkings ou les supermarchés ? Il est bien connu, en effet, que les actes de délinquance sont plus graves, en moyenne, en récidive qu’avant le premier séjour en prison.

Si ces enfants perdus, égarés parce que privés d’affection, deviennent en prison des démoniaques, combien plus dangereux à leur sortie, alors, occupons-nous d’eux avant !

27 novembre 2006

Le IL et le JE

« À toi, je dis, lève-toi ...! dit Jésus au grabataire. À Lévi, fils d'Alphée, il dit « Suis-moi ». Jésus assume son autorité et ses actes. Il parle en « Je ». Jésus ne se dérobe pas ; il met son existence dans la balance. Nous avons vu comment ses interpellations changent la vie des uns et des autres de façon personnelle.

Mais quelques uns ont constaté que Jésus ne parle pas de la même manière quand il est contesté dans son action. Son enseignement, il le donne en troisième personne : « Le fils de l'homme est venu ... », « le marié est là ... ». Cela peut ressembler à une dérobade. La réponse garde un caractère objectif.
Il me semble que Jésus donne ici les clés d'une compréhension de sa venue qui le font sortir d'un face à face direct, qui ouvrent vers une universalité. La controverse immédiate avec ses opposants est dépassée. Le lecteur peut, autant que les contestataires, recueillir la réponse et la faire sienne.
On peut bien voir, comment un enseignement (qui s'inscrit dans du vécu concret) sort ainsi du cadre historique :
  1. Jésus garde une liberté de parole au delà de la contestation.
  2. Le lecteur acquiert une liberté d'adhésion au projet de Dieu.
AK