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25 juin 2008

Qu'est-ce que la Bible ? (modifié)

Quelle question ! Il n'est quasiment question que de cela dans ce blog, alors ?! Pourtant … La Bible, une bible, ta bible … est-ce la même chose ? La discussion entre Jésus et un « sadducéen » (enfin, disons, un contradicteur parmi d'autres) à propos de la femme qui a sept maris a, entre autres dimensions, l'intérêt de mettre en scène plusieurs références au texte écrit de la Loi de Moïse (la Torah, soit les cinq premiers livres de la Bible).
Les autres évangélistes qui racontent ce dialogue dans des termes quasiment identiques (y compris le « décryptage» final) omettent de signaler qu'on peut lire la Loi dans le livre de Moïse ; et « livre » en grec se dit … biblos (cela désigne une feuille de papyrus), qui a donné très directement notre mot « bible ». Est-ce à dire que les cinq premiers livres de la Bible, joints aux Psaumes, formaient déjà un recueil stabilisé ? Difficile de répondre, et encore plus difficiles sont les questions suivantes : quand Jésus parle du livre de Moïse, évoque-t-il les ajouts futurs ? Et quand Marc écrit, où en est-on (les lettres de Paul sont déjà là) ? Ces questions n'appellent évidemment aucune réponse, mais sont plutôt là pour nous aider à dépasser un peu l'idée de la Bible comme d'un livre clos.

Quoi qu'il en soit, j'aime à penser que cet Évangile que nous lisons, et qui fait partie de notre Bible, parle lui-même de la Bible comme d'une œuvre bonne à lire, alors qu'elle est justement en train d'émerger …

P.S. Une certitude quand même : autour de Jésus les personnes capables de lire n'étaient pas fort nombreuses ! Et chez nous ????

19 mai 2008

Un autre point de vue sur le vase de parfum

Voici ce que m'écrit un correspondant (Gilles G.) :

Si Jésus prend ensuite la défense de la femme (Marie si on va voir dans l'Évangile de Jean ??), c’est pour la bonne et simple raison que les arguments avancés par ses contradicteurs ne tiennent pas. Certes, effectivement l’argent que l’on aurait pu retirer de la vente de ce parfum « inutilement répandu », aurait pu servir aux pauvres. Mais, dit Jésus, quel que soit le niveau de richesse que pourra atteindre l’humanité, les pauvres seront toujours là. La préoccupation de soulager leur souffrance, de leur faire du bien, de donner de ses richesses pour pourvoir à leurs besoins et alléger le poids de leur misère est et restera donc de tout temps d’actualité. La pauvreté permanente qui nous entoure n’est cependant pas une raison suffisante pour condamner tout geste et toute action que le coeur peut faire dans une autre direction. Cela d’autant plus, dit Jésus, si l’objet de ce don a pour cause l’expression ponctuelle de l’amour et de la reconnaissance envers Dieu, comme c’est le cas ici. Il y a des moments en effet qui sont uniques dans notre relation avec Dieu. Des moments où notre amour pour Dieu occupe tellement notre pensée que toute autre cause et considération, aussi juste et légitime soit-elle par ailleurs, ne peut que s’effacer devant elle. Béni soit celui qui ne laisse pas passer ce moment, mais qui, sans réserve et sans contrainte, avec toute la liberté que lui donne l’amour, sacrifie joyeusement tout ce qu’il a ou ce qui est le meilleur pour Lui. Que la révélation chaque jour renouvelée de ce que Tu es, Seigneur, ouvre mon coeur sur des trésors nouveaux de possibilité d’expression d’adoration envers Toi !
Ci-dessous, une représentation de la femme dont il est peut-être question dans ce passage (la tradition considère qu'il s'agit de Marie de Magdala mais ce n'est qu'une hypothèse permettant de se représenter ce personnage) par le peintre flamand Roger Van der Weyden.

En compagnie d'anonymes

Une femme, un homme, un jeune homme ... qui ?

Le chapitre 14 de Marc nous fait croiser des inconnus : UNE FEMME va donner une piste comment comprendre la mort de Jésus : Casser une fiole, verser de l'huile, donner du sens face à l'absurde.

Les disciples vont suivre UN HOMME qui porte une cruche ... Porter de l'eau, servir, indiquer un lieu d'accueil et de fête.

Ce n'est pas forcément ce que nous attendions

Ces personnes connaissent Jésus sans que nous sachions comment. Elles ont une place dans son existence, sans justification, sans titres, sans pédigrée. Elles n'ont pas l'autorité d'un appel à leur appui. Mais ce sont elles qui ouvrent des chemins nouveaux : une femme qui oint, un homme qui sert et accueille.

Les apôtres sont à l'image de la multitude, avec leurs élans et leurs questionnements. À l'approche de la mort, ceux qui ont été appelés vont reculer, se tenir à la marge. Leur comportement ne fait pas autorité. Ce sont des anonymes, une femme, un homme, qui vont ouvrir la voie.

UN JEUNE HOMME va suivre. Il n'est pas un héros, lui non plus. Il va lâcher son drap. Mais il va indiquer que des inconnus vont se joindre à Jésus. Qu'ils vont le suivre à la trace.

Ce chapitre de Marc indique un chamboulement : Là où il semble mener inexorablement à la mort, il nous rend un avant-goût de vie nouvelle. Le message de Jésus s'incarne dans des inconnus qui lui donnent corps et vie.

14 mai 2008

Le vase de parfum

Chers amis,
Je me suis "motivé" pour vous faire un nouveau billet, après tout ce temps où je m'occupais de bien autre chose ; cependant, la lecture de Marc 14 dans notre groupe fut si vive que je ne résiste pas à l'envie de vous la faire un peu partager. Et, pour l'instant, des questions et rien que des questions.

  • Pourquoi Jésus vient-il dans la maison de « Simon le lépreux », personnage dont on ne nous dit rien si ce n'est qu'il est ou a été lépreux ? Pourquoi marc tient-il à nous le faire savoir ?
  • Pourquoi cette femme achète-t-elle un parfum coûteux (le nard dont il est question est extrait d'une plante qui pousse dans l'Himalaya paraît-il) ?
  • Pourquoi casse-t-elle le vase ? n'aurait-il pas été plus simple de verser le parfum après avoir ôté le bouchon ?
  • Pourquoi Jésus évoque-t-il son futur embaumement alors qu'il va ressusciter (Marc le sait, et pour cause) ?
Face à tant de bizarreries, les remarques fusent :
  • le lépreux, a-t-il été guéri ?
  • cette femme avec son parfum insensé, serait-elle une prostituée reconvertie dans les bonnes œuvres ?
  • l'attitude de Jésus me choque ! C'est d'un prétentieux !!
  • ça devait sentir la cocotte ...
  • ils se lavaient ces gens-la ?
Suite au prochain message !

10 février 2007

Du sang et des filiations renouvelées

La lecture de Françoise Dolto
Françoise Dolto échange avec Gérard Séverin
F. D. ... ces deux récits sont associés dans la trame évangélique, c'est qu'ils sont liés par un enchainement inconscient organique et spirituel. En effet, c'est une même histoire : il y a une femme au destin féminin arrêté, il y a un homme au destin paternel faussé.
G. S. Une femme est atteinte dans sa féminité depuis douze ans, pendant qu'une fillette de douze ans, avant même que d'être femme, voit son destin arrêté.
F. D. Cette femme est exclue depuis douze ans de la lice des femmes sexuellement désirantes et désirables. Une fillette meurt au lieu d'y entrer à l'âge venu de sa nubilité. ... ce père apparait comme fixé inconsciemment ... à « sa » fille ... Il la maintient « petite », dans sa sphère à lui, il la veut, sans le savoir, dépendante de son amour possessif paternel. Jaïre ne fait pas mention de sa femme, la mère de l'enfant. C'est tout de même étonnant, non ? ...
G. S. C'était peut-être la coutume à cette époque de ne pas s'occuper de la femme.
F. D. Mais alors, pourquoi s'occupe-t-il de sa fille ? Non, il se pose comme le seul éprouvé : « Ma petite fille » dit-il ...
G. S. Vous croyez donc que ce père « possède » sa petite fille ?
F. D. Oui, mais entendons-nous sur le sens du mot « possède ». ... Son père demande de ne pas la perdre car elle est son sang et, plus encore, elle est sa vie. ...
G. S. Pourquoi exclure la foule et tout ce monde qui pleurait et se lamentait ?
F. D. ... Jésus supprime tout le pathos, tout le mélodrame des lamentations, ... tous les usages qui avaient enfermé la petite, objet et non sujet, depuis douze ans dans le sommeil du cœur. ... Les parents n'ont à satisfaire que les besoins de cette enfants et non ses désirs. Cette enfant est morte, elle a perdu l'appétit de vivre ... En mourant, elle n'avait qu'un père, elle découvre un couple heureux. ...
In : L'évangile au risque de la psychanalyse, Tome I (Éditions du Seuil) pages 99 à 116

21 janvier 2007

Les paraboles

LEUR FORME : Comme dans une Bande Dessinée, elles font la peinture d'un message ; c'est au lecteur de se positionner par rapport à ce qu'il voit. Sa liberté et sa responsabilité sont en jeu.

Dans la tradition du deuxième testament, elles ont souvent deux parties :
A : Une introduction qui induit le sens de notre lecture : « Le royaume des cieux est comme ... »,
« Avec la parole de Dieu, il en va comme avec ... » ...qui est suivi par un assez court récit B. On ne trouve pas toujours la partie A. Souvent, on peut la reconstituer ou imaginer.
B : Le point de départ de la scène est nommé (« un homme a deux fils ... », « Dix jeunes filles
prennent leurs lampes elles sortent pour aller à la rencontre du marié ... », « Un homme sème des graines dans son champ ... », « Une femme a dix pièces d'argent et elle en perd une ... ».
Ensuite une action ou une transformation interviennent : « Elle va allumer une lampe et balayer la maison. ». L'homme « il continue à dormir pendant la nuit et se lever chaque jour. Pendant ce temps, les graines poussent et grandissent, mais cet homme ne sait pas comment. » Parfois, ce qui est raconté est dans l'ordre des choses, parfois cela sort de ce que nous aurons attendu, c'est assez surprenant : Le roi a invité au repas des noces « mais les invités ne veulent pas venir. « ... Allez donc aux croisement des chemins et invitez au repas tous les gens que vous rencontrez, dit-il aux serviteurs.»
La scène finale souligne l'écart avec la situation du début : « Ainsi la salle de fête est pleine de monde ». « La graine pousse et elle devient la plus grande de toutes les plantes. Elle a des branches si grandes que les oiseaux peuvent faire leurs nids sous son ombre. »

Ce schéma peut trouver des aménagements divers ... mais il nous aide à garder le mouvement intérieur de la parabole en vue. Parfois, ce sont les péripéties du milieu qui sont nombreux ... comme dans la vie. Attention de ne pas se perdre en chemin. Parfois, on trouve encore une petite scène qui suit une « première » fin, mais qui veut mettre le lecteur au défi. Garder le mouvement central en vue est une rambarde pour suivre l'idée générale.

LEUR INTERPRÉTATION a « subi » de nombreux coups de projecteurs dans l'histoire. Les leçons que l'on peut parfois trouver à la suite des paraboles ne représentent qu'une lecture possible du sens du récit qui vient d'être raconté. Au lecteur de se faire son idée.

Que vise la parabole ? Aujourd'hui, c'est un regard globalisant qui a beaucoup marqué la lecture. On part du fait que Jésus veut induire un bouleversement dans la vie de ses disciples, de ses amis, des gens qui le suivent. Pour cela, on est amené à chercher la dynamique et le sens vers lesquels tend la parabole. Un exemple : Après bien de pertes, « une autre partie des graines tombe dans la bonne terre. Les plantes poussent, se développent et produisent des épis : les uns donnent 30 grains; d'autres 60, et d'autres 100 ! » La femme qui a perdu sa pièce d'argent « appelle ses amies et ses voisines et leur dit : 'Venez, réjouissez-vous avec moi ! Oui, j'ai retrouvé la pièce d'argent que j'avais perdue !' » Autant les passages qui mènent vers la fin de la parabole sont plus ou moins attendus (la sécheresse menace la semence, la légèreté fait dilapider l'héritage ... cela ne vous étonne pas, c'est dans l'ordre des choses), autant la pointe finale casse avec la logique de l'attendu et ouvre un nouvel horizon : une graine qui porte une épi avec 30 grains, c'est déjà extraordinaire, alors 60 ou 100 ?!! Un père qui fait la fête pour le fils festoyeur, ce n'est pas très pédagogique ... !

L'imaginaire de la parabole reste un passage nécessaire : un homme n'est pas un roi ; dix filles ne sont pas des moutons ; une perle n'est pas la faucille. Certes, l'imagerie peut nous paraître un peu lointaine, avec ses références agricoles et sociétales, mais malgré tout elle reste assez proche du vécu : père et fils, semer et récolter ... investir et perdre. Sans en faire une psychologie surchargée, elle permet un ancrage dans la vie de chacun.

Note du copiste : pour les mots en rouge voyez le billet suivant.