13 février 2007

Le démoniaque et la prison

Bonsoir !
Voici ce qu'écrivait mon père il y a quelques années.
Les évangélistes Marc et Luc nous racontent que Jésus demanda son nom à l’esprit impur, c’est-à-dire qu’au lieu de s’adresser à ce « démoniaque » comme à un fou dangereux, il l’interroge comme une victime d’une maladie qui le submerge. Nommer cette folie, c’est la diagnostiquer et ouvrir la voie de la guérison avec l’aide du malade. C’est l’expérience que vivent très souvent les aumôniers et les visiteurs de prison. Pour beaucoup de ceux qu’ils rencontrent derrière les barreaux, c’est la première fois de leur vie que quelqu’un s’adresse à eux personnellement et de façon désintéressée.

Bien souvent, ils n’ont pas connu leur père ; ils ont été élevés dans des centres d’éducation surveillée, loin de toute famille et de ses sources d’affection ; déjà avant la prison, ils ont été considérés comme des numéros, puis comme des indésirables, et enfin comme des individus dangereux. En réponse à toutes ces exclusions, leur révolte gronde et leur comportement les fait de plus en plus ressembler au portrait que nos media en font.
Pourtant quelques uns, parfois même les plus isolés, arrivent à s’en sortir. Armés de leur courage, de leur intelligence, armés parfois de l’Évangile qu’ils ont découvert ou redécouvert en prison, ils arrivent à surmonter les innombrables obstacles dressés sur la voie de leur insertion sociale. Alors, quelquefois, ils parlent et ce qu’ils disent est fort dérangeant pour nous qui nous sentions bien à l’abri et acceptions bien volontiers de les savoir en prison : ces jeunes hommes témoignent de l’injustice qu’ils ont subie dès leur naissance, de la cruauté de la réponse de la société à leur égard. Ils crient leur haine de ceux qui ne les ont pas accueillis avec l’affection qu’ils attendaient.

Mais , voyez-vous, le démoniaque gadarénien lui aussi, a été très dérangeant par sa guérison ! Tout un troupeau de porcs précipité dans la mer ! Les gardiens de ce troupeau, affolés, se sont dépêchés d’aller se disculper devant leurs propriétaires ; ils ont sans doute bien réussi puisque ceux-ci, sortis furieux de leur village, ont fait retomber leur colère sur Jésus et sur ses disciples.
Qui se souciait d’un pauvre diable exclu du village et réduit à coucher nu dans un tombeau ? Les gadaréniens ne s’en inquiétaient guère ; mais perdre tout un troupeau de porcs, c’était inadmissible et le coupable devait être jugé, châtié et chassé. Un troupeau de porcs noyé ou un troupeau de voitures incendiées, n’est-ce pas la même violence, qui n’arrive pas à s’exprimer par des paroles ?

Voilà la justice des hommes : l’indifférence générale pour des malheureux sans vêtement et sans toit ; mais l’indignation, le jugement et la condamnation quand des richesses sont perdues.
Est-ce différent aujourd’hui ? Qui se soucie des 60.000 détenus dans les prisons françaises, des 90.000 personnes qui y passent chaque année ? Les assureurs et les marchands de serrures électroniques font de bonnes affaires ; mais il n’y a pas assez de crédits pour la prévention et pour la réinsertion sociale. Pourtant, l’unanimité s’est faite sur l’effet nocif de la prison, surtout lorsqu’il s’agit de maisons d’arrêt surpeuplées. Tous le confirment, jusqu’à un ministre de la justice qui a dit : « Nous fabriquons de la délinquance par un recours systématique à la prison. » Mais qui s’en soucie ? Les juges continuent à condamner de jeunes voleurs à des mois et des années de prison, alors qu’ils pourraient recourir plus fréquemment à des sanctions hors prison. L’opinion publique se recroqueville dans la peur, ravivée trop souvent par des faits divers, montés en épingle par une certaine presse.

Aujourd’hui, on ne s’inquiète plus pour des porcs, mais si un troupeau de voitures est brûlé par des jeunes devant lesquels toutes les portes ont été fermées, on nous affirme que c’est intolérable ; il faut, nous dit-on, d’une part protéger, cadenasser ces biens précieux et d’autre part, enfermer dans des cimetières, non pardon, dans des prisons ceux qui sont tenus pour dangereux.
On nous dit que la sécurité est menacée. Mais n’est-elle pas davantage mise en péril par la récidive des prisonniers libérés sans préparation et sans ressources après quelques mois ou quelques années de prison, plutôt que par les vols de délinquants primaires dans les parkings ou les supermarchés ? Il est bien connu, en effet, que les actes de délinquance sont plus graves, en moyenne, en récidive qu’avant le premier séjour en prison.

Si ces enfants perdus, égarés parce que privés d’affection, deviennent en prison des démoniaques, combien plus dangereux à leur sortie, alors, occupons-nous d’eux avant !

De Jonas à Jésus

Cette enluminure du XIème siècle nous accompagnera dans une réflexion sur le parallèle et l'opposition entre Jonas et Jésus, l'un et l'autre aux prises avec les flots et les forces adverses.
En effet, l'un et l'autre se trouvent à un moment de leur histoire au fond d'un bateau confronté à la mer démontée, et des marins complètement dépassés. Lorsque Jonas renonce à la vie même pour sauver la vie des marins, Jésus s'oppose frontalement afin que la vie triomphe. Le détour par Jonas offre l'intérêt de nous fournir une clé de lecture possible de l'ensemble du chapitre 5.
En fuyant l'ordre qu'il avait reçu, Jonas s'éloigne le plus possible du souffle de Dieu, lequel le rattrape sur la mer. Ce « souffle» (« rouah » en hébreu) est évidemment ce qui fait défaut au possédé pour vivre vraiment, tout embarrassé qu'il est avec un souffle pervers qui le pousse à la violence.
Un peu plus tard, Jonas se retrouve au fond de l'eau dans le ventre du poisson-tombeau et il voit arriver la fin de son existence physique (« nefesh » en hébreu); et c'est à ce moment qu'il prie et que Dieu le sauve. C'est aussi ce qui arrive à la fille de Iaïros (bien qu'on ne sache pas qui prie qui dans cette histoire).
À la fin, Jonas s'est réfugié, isolé, sous un ricin (« qiqayon ») et il se dessèche, préférant encore renoncer, se déposséder de la vie (« haï» en hébreu) …
Cependant, même si les allusions sont nombreuses les issues sont ici différentes. Face à la perte de la vitalité, de l'esprit, du rôle social de ces trois êtres amoindris Jésus rétablit l'unité de l'être, restaure des êtres capables de relation au contraire de Jonas coincé dans ses certitudes.

La lecture de Nicolas sur le chapitre 5

Notons l’idée de construction formelle en chiasme, dissymétrie, ou symétrie inattendue. Trois histoires, trois récits, trois guérisons. Sur le fond, ce Chapitre V est difficile à lire et à entendre. Nous sommes en face d’un déluge de miracles, et d’irrationnel. Une analyse exégétique primaire, sans doute fruste, donne la priorité à l’analyse de la mécanique du miracle, et ce faisant, heurte nos esprits baignés de science et de scepticisme. L’un des grands apports de la libération philosophique de la pensée, c’est de ne pas donner foi à des choses improbables, c’est chercher la preuve irréfutable de toute chose, ne pas se comporter en « béni oui-oui » acceptant sans critique tout ce qui est relaté. Nous avons tous été éduqués, à l’école, dans la promotion d’une approche intellectuelle raisonnée. En faisant la part belle à l’improbable, Marc est exigeant avec le lecteur.

Croire

Marc admet qu’on ne puisse pas croire. D’ailleurs, dans le temps de l’attente messianique, ne pas croire est bien la norme. Ce sont les fous qui croient. C’est le possédé qui reconnaît immédiatement Jésus. Les autres ont du mal à croire. Or, ce sont ceux qui croient qui rencontrent Jésus, ceux qui acceptent sa parole. Dans le récit de l’hémoroïsse, c’est très clair : Jésus fend la foule, est touché, frôlé de toutes parts, mais c’est elle seule qui a eu la force de croire, et qui grâce à cela rencontre la force de Jésus. Elle se cachait, elle avait peur, et la voilà pleine d’une force libératrice.

Rencontre

L’important dans ces trois guérisons ne me semble pas ressortir de la mécanique du miracle, mais de la rencontre entre Jésus et ceux qu’il guérit. Il y a une rencontre avec la personne de Jésus, son être, sa parole, sa nouveauté. L’accent n’est pas mis sur « qu’est-ce qu’il est ? » mais sur « qui est-il ? ». C’est dans la continuité de Marc IV, 41 : « Qui est-il donc celui-là ? ». On peut entrer dans l’analyse de la mécanique du miracle, mais ce n’est pas là le message premier.

Miracles… de la parole et de la foi

Dans l’histoire du possédé et celle de la petite fille du chef de la synagogue (qui sont a priori ceux qui ont le moins vocation à admettre qui est Jésus), le miracle est celui de la parole libératrice. Jésus guérit en parlant, « Jésus lui disait : sors de cet homme » (cas n°1), et « je te le dis, lève-toi » (cas n°2).

Dans l’histoire de l’hémoroïsse, la mécanique est moins claire. Il y a là l’immixtion d’une force qui n’est plus seulement celle de la parole, ou spirituelle, mais physique, corporelle. Marc parle d’une force qui semble physiquement sortie de Jésus après que la femme ait touché ses vêtements. Mais Jésus précise bien à la fin que ce n’est pas la décharge d’énergie qui a guéri, mais la foi seule : « ta foi t’a sauvée, va en paix ». Voir également Matthieu IX, 20 qui élude le transfert d’énergie pour ne retenir que la parole : « confiance, ta foi t’a sauvée ».
Pour la petite fille, il y a aussi un toucher, l’apposition des mains. Mais comme nous l’avons dit, et en parallèle avec l’histoire du lépreux, il s’agit là de considérer que Jésus brise les préjugés, les jugements, la mort, pour montrer la vie. Ce n’est pas un pouvoir thaumaturge, c’est une autorité de parole. Le toucher montre la voie du salut, et la parole guérit.

Légion

Quelle est la nature de l’impureté de l’esprit du possédé ? Il semblerait que ce soit une maladie psychologique fondée sur l’idée de multiplication. Le possédé n’est plus un, mais multiple et dispersé. Et lorsque la parole de Jésus fait sortir la possession, il faut deux mille porcs pour accueillir l’esprit impur qui sort.

Ce récit peut faire penser à la philosophie du grec Empédocle (V°siècle avant J.C) qui a théorisé sur l’idée de l'existence de forces d’amour qui rassemblent, et de forces de haine qui divisent. Il tire la conclusion que l’homme éprouve les forces de rassemblement et les forces de dispersion, dans un grand combat pour le rassemblement.
Toujours est-il qu’avec Jésus, la parole est la clé. Et sur la nature du mal, voir Marc VII, 14 : ce n’est pas quelque chose d’extérieur à l’homme qui, s’emparant de lui, le rend impur, c’est ce qui sort de lui. Et ce qui sort de lui, Jésus le guérit par la parole.
Alors, tendons nos oreilles pour entendre… et ne jugeons pas !

10 février 2007

Du sang et des filiations renouvelées

La lecture de Françoise Dolto
Françoise Dolto échange avec Gérard Séverin
F. D. ... ces deux récits sont associés dans la trame évangélique, c'est qu'ils sont liés par un enchainement inconscient organique et spirituel. En effet, c'est une même histoire : il y a une femme au destin féminin arrêté, il y a un homme au destin paternel faussé.
G. S. Une femme est atteinte dans sa féminité depuis douze ans, pendant qu'une fillette de douze ans, avant même que d'être femme, voit son destin arrêté.
F. D. Cette femme est exclue depuis douze ans de la lice des femmes sexuellement désirantes et désirables. Une fillette meurt au lieu d'y entrer à l'âge venu de sa nubilité. ... ce père apparait comme fixé inconsciemment ... à « sa » fille ... Il la maintient « petite », dans sa sphère à lui, il la veut, sans le savoir, dépendante de son amour possessif paternel. Jaïre ne fait pas mention de sa femme, la mère de l'enfant. C'est tout de même étonnant, non ? ...
G. S. C'était peut-être la coutume à cette époque de ne pas s'occuper de la femme.
F. D. Mais alors, pourquoi s'occupe-t-il de sa fille ? Non, il se pose comme le seul éprouvé : « Ma petite fille » dit-il ...
G. S. Vous croyez donc que ce père « possède » sa petite fille ?
F. D. Oui, mais entendons-nous sur le sens du mot « possède ». ... Son père demande de ne pas la perdre car elle est son sang et, plus encore, elle est sa vie. ...
G. S. Pourquoi exclure la foule et tout ce monde qui pleurait et se lamentait ?
F. D. ... Jésus supprime tout le pathos, tout le mélodrame des lamentations, ... tous les usages qui avaient enfermé la petite, objet et non sujet, depuis douze ans dans le sommeil du cœur. ... Les parents n'ont à satisfaire que les besoins de cette enfants et non ses désirs. Cette enfant est morte, elle a perdu l'appétit de vivre ... En mourant, elle n'avait qu'un père, elle découvre un couple heureux. ...
In : L'évangile au risque de la psychanalyse, Tome I (Éditions du Seuil) pages 99 à 116

Message de service

De temps en temps, des textes plus complets sont produits, à partir des contributions de ce blog, des idées de l'un ou de l'autre, des feuilles préparées par notre pasteur. Vous trouverez ces textes ici :

http://www.erf-bordeaux.org/nicodeme

Actuellement y figurent (au format PDF nécessitant Acrobat Reader) le résumé du premier trimestre et un texte d'approfondissement sur la question de la « possession ».

D'autres vont suivre. Bonne lecture, et... à vos Bibles !

01 février 2007

Lève-toi et mange !

Maintenant, la fin du chapitre 5. C'est le célèbre « talitha koum » qui a tant agité bien des traducteurs et exégètes. Nous avons une jeune fille présumée morte, tout le monde s'agite autour d'elle sans grand effet, et soudain une parole de Jésus – hop ! la voici ressuscitée (relevée) ou simplement réveillée, puisque nous ne savons pas si elle était morte. Faisant contraste avec l'abondance de paroles de cette foule l'échange entre Jésus et la fille est absolument minimal : deux mots, pas de réponse. À quoi servent ces déluges de paroles, nos déluges de paroles (celui-ci compris) si aucun effet ne se profile derrière ? Même l'évangéliste rajoute des paroles, rajoutant sa traduction du « tali thakoum » lequel devient « το κορασιον σοι λεγω εγειραι » c'est-à-dire « à toi jeune fille je dis lève-toi ». Au sens propre, « tali thakoum » c'est « petite agnelle, debout ». Et rien de plus.

Post-Scriptum tardif.

Finalement, j'ai bien envie de vous rajouter quelques mots autour de ce « debout ». Il provient du verbe hébreu "qam" qui peut vouloir dire "se lever le matin" après le sommeil. Ici il est employé à une forme impérative : la résurrection c'est tout de suite !

31 janvier 2007

« Mon nom est multitude ... »

Le chapitre 5 de Marc commence fort. Très fort. Nous rencontrons une espèce de zombie, totalement fou, un monstre peut-être déchainé que Jésus aborde, écoute, et guérit. On peut comprendre ce passage de bien des manières, mais pour commencer arrêtons-nous juste sur la réponse de l'homme (ou de son hôte, selon que l'on retient ou rejette l'hypothèse de la possession).
Il dit « Mon nom est légion » – enfin c'est ce que nous trouvons dans la plupart des traductions. En réalité, c'est un jeu de mots en grec : « λεγων λεγεων ονομα», mot-à-mot « nom disant légion » ou encore « mon nom parlant beaucoup » ; à une voyelle près λεγων (disant) et λεγεων (légion) sont identiques (un défi intéressant serait de trouver quel jeu de mots en araméen pourrait correspondre à celui-ci, ça n'est pas à mon niveau). Toute la réplique est en fait une construction stylistique bien connue des Grecs, le chiasme qui consiste à répéter à peu près les mots de manière symétrique, ici :

... τι σοι ονομα και απεκριθη λεγων λεγεων ονομα μοι οτι ...
... quoi ton nom ? il répondit disant légion nom mon car ...

Par une telle construction l'évangéliste met en valeur les deux mots centraux, autrement dit l'abondance de parole. Bien entendu c'est d'une parole délirante qu'il s'agit ici, c'est même le symptôme de la maladie mentale qui est ici présentée. Face au délire verbal la contrainte (les chaines) ne sert à rien : inutile de le faire taire, il hurlera quand même !

Vous pouvez lire la suite de Marc 5 sous l'angle de la parole qui est en excès ou en défaut, c'est un bonne porte d'entrée (mais pas la seule).

21 janvier 2007

Les paraboles

LEUR FORME : Comme dans une Bande Dessinée, elles font la peinture d'un message ; c'est au lecteur de se positionner par rapport à ce qu'il voit. Sa liberté et sa responsabilité sont en jeu.

Dans la tradition du deuxième testament, elles ont souvent deux parties :
A : Une introduction qui induit le sens de notre lecture : « Le royaume des cieux est comme ... »,
« Avec la parole de Dieu, il en va comme avec ... » ...qui est suivi par un assez court récit B. On ne trouve pas toujours la partie A. Souvent, on peut la reconstituer ou imaginer.
B : Le point de départ de la scène est nommé (« un homme a deux fils ... », « Dix jeunes filles
prennent leurs lampes elles sortent pour aller à la rencontre du marié ... », « Un homme sème des graines dans son champ ... », « Une femme a dix pièces d'argent et elle en perd une ... ».
Ensuite une action ou une transformation interviennent : « Elle va allumer une lampe et balayer la maison. ». L'homme « il continue à dormir pendant la nuit et se lever chaque jour. Pendant ce temps, les graines poussent et grandissent, mais cet homme ne sait pas comment. » Parfois, ce qui est raconté est dans l'ordre des choses, parfois cela sort de ce que nous aurons attendu, c'est assez surprenant : Le roi a invité au repas des noces « mais les invités ne veulent pas venir. « ... Allez donc aux croisement des chemins et invitez au repas tous les gens que vous rencontrez, dit-il aux serviteurs.»
La scène finale souligne l'écart avec la situation du début : « Ainsi la salle de fête est pleine de monde ». « La graine pousse et elle devient la plus grande de toutes les plantes. Elle a des branches si grandes que les oiseaux peuvent faire leurs nids sous son ombre. »

Ce schéma peut trouver des aménagements divers ... mais il nous aide à garder le mouvement intérieur de la parabole en vue. Parfois, ce sont les péripéties du milieu qui sont nombreux ... comme dans la vie. Attention de ne pas se perdre en chemin. Parfois, on trouve encore une petite scène qui suit une « première » fin, mais qui veut mettre le lecteur au défi. Garder le mouvement central en vue est une rambarde pour suivre l'idée générale.

LEUR INTERPRÉTATION a « subi » de nombreux coups de projecteurs dans l'histoire. Les leçons que l'on peut parfois trouver à la suite des paraboles ne représentent qu'une lecture possible du sens du récit qui vient d'être raconté. Au lecteur de se faire son idée.

Que vise la parabole ? Aujourd'hui, c'est un regard globalisant qui a beaucoup marqué la lecture. On part du fait que Jésus veut induire un bouleversement dans la vie de ses disciples, de ses amis, des gens qui le suivent. Pour cela, on est amené à chercher la dynamique et le sens vers lesquels tend la parabole. Un exemple : Après bien de pertes, « une autre partie des graines tombe dans la bonne terre. Les plantes poussent, se développent et produisent des épis : les uns donnent 30 grains; d'autres 60, et d'autres 100 ! » La femme qui a perdu sa pièce d'argent « appelle ses amies et ses voisines et leur dit : 'Venez, réjouissez-vous avec moi ! Oui, j'ai retrouvé la pièce d'argent que j'avais perdue !' » Autant les passages qui mènent vers la fin de la parabole sont plus ou moins attendus (la sécheresse menace la semence, la légèreté fait dilapider l'héritage ... cela ne vous étonne pas, c'est dans l'ordre des choses), autant la pointe finale casse avec la logique de l'attendu et ouvre un nouvel horizon : une graine qui porte une épi avec 30 grains, c'est déjà extraordinaire, alors 60 ou 100 ?!! Un père qui fait la fête pour le fils festoyeur, ce n'est pas très pédagogique ... !

L'imaginaire de la parabole reste un passage nécessaire : un homme n'est pas un roi ; dix filles ne sont pas des moutons ; une perle n'est pas la faucille. Certes, l'imagerie peut nous paraître un peu lointaine, avec ses références agricoles et sociétales, mais malgré tout elle reste assez proche du vécu : père et fils, semer et récolter ... investir et perdre. Sans en faire une psychologie surchargée, elle permet un ancrage dans la vie de chacun.

Note du copiste : pour les mots en rouge voyez le billet suivant.

Qu'est-ce qu'une parabole ?

Si nous cherchons un peu d'étymologie, à la suite du billet précédent, nous avons le mot grec παραβολη qui signifie « à côté de la voie droite », c'est-à-dire en-dehors de la trajectoire de l'objet jeté (jeter comme une balle) ; c'est là l'origine du mot dans sa connotation géométrique que les Grecs utilisaient déjà dans ce double sens : une déviation de la trajectoire, et une forme de comparaison.

L'usage de la parabole consiste ainsi à faire dévier le récit vers un ailleurs. Au lieu de nous raconter linéairement la vie de Jésus, l'évangéliste tire son écrit vers une autre dimension, peut-être afin de nous faire percevoir que son propos n'est pas seulement historique ni apologétique. C'est à travers de la parabole que nous percevons que le récit n'est qu'un support pour entrer dans ce qu'il faut bien appeler la théologie.

Maintenant, si nous analysons le chapitre du point de vue de Jésus (et non plus du point de vue de l'évangéliste), nous découvrons la parabole fait dévier le cours normal des choses comme le Christ l'annonce au chapitre précédent : on attend un guérisseur, un Messie politique, un prophète ou un savant mais lui s'échappe de ces rôles prédéfinis pour aller franchement ... de travers. C'est bien ce qu'on lui reprochera par la suite.

Personnellement, je crois que chaque fois que nous tentons d'assigner au Christ un rôle trop particulier avec nos mots d'hommes il nous échappe pour nous revenir ailleurs. Si vous le pensez prophète et Homme avant d'être Fils, c'est la résurrection et le jugement qui vous échappe. Si vous le pensez toujours assis à la droite de Dieu, c'est son incarnation chez notre prochain qui vous échappe...

Un petit mot pour finir : l'hyperbole (υπερβολη) que j'ai évoquée à propos de la tempête est, quant à elle, une trajectoire qui va « au-dessus de la voie droite » — d'où son sens d'exagération pour mieux faire comprendre !

18 janvier 2007

Face au mal et à la souffrance, qu'y a-t-il à voir ?

Cherchant à illustrer le texte d'Angelika sur la possession (ci-dessous), je suis tombé dans l'embarras. On pourrait certes représenter la « possession » par des peintures d'exception comme le retable d'Issenheim ou plus simplement dans ce même blog. Néanmoins, ces figurations assez violentes ne recouvrent qu'une partie du problème et ne nous disent pas grand chose sur la « solution » que le Christ propose. De surcroît, ceux d'entre nous qui ne consentent pas volontiers à l'incarnation du mal en l'homme ne verront pas davantage dans ces œuvres une traduction acceptable de ce que nous raconte Marc 3 (et bientôt Marc 5). Regardons ailleurs, donc. Le chapitre 4 nous fait sortir des « maisons » pour aller « sur l'eau » (et même un peu dedans), préparant l'arrivée du chapitre 5 avec son zombie.


Le très « parabolique » chapitre 4 termine dans l'hyperbole ! C'est l'épisode de la tempête apaisée... que nous pouvons relire comme une parole opportune qui vient calmer le jeu quand les forces déchaînées de la nature (humaine ou pas) menacent de nous submerger. Ci-dessus le tableau que Rembrandt peignit sur ce thème (il est visible à Boston)... un peu excessif quand on pense au vrai lac de Tibériade, certes, mais tout est dans la métaphore n'est-ce pas ?

Métaphore que Turner reprend admirablement dans cette représentation d'un bateau sortant du port en pleine tourmente. Oui, face aux forces inhumaines on est vite dépassés…



De la possession ... ou quand nous sommes hors de nous

Aujourd'hui, nous avons des termes savants pour tenir les mauvais esprits à distance : « pulsion de mort » est un terme marqué par S. Freud. Il était psychiatre et a décrit par ces mots des actions (auto-)destructrices de l'humain.

Mais de nombreuses personnes, pas psychiatres pour un sou, vont parler des pulsions. Il y a la pulsion de manger des fraises lors d'une grossesse ; il y a des pulsions d'achat, surtout lors des soldes et des promotions, les actions pulsionnelles sont légion. Mais elles ne font pas peur. Elles sont compréhensibles, domptées par un langage savant.

Mais en profondeur : observer des personnes qui ont un comportement étrange qui les empêche de vivre en plénitude, cela peut inquiéter. Quand quelqu'un perd la maîtrise de soi, quand il se laisse submerger par des émotions ... Quand une personne est rongée par l'inquiétude, quand elle perd le nord ... ce sont des façons nombreuses pour dire la perte de soi. Et elles peuvent nous faire peur.

Parfois, c'est un moment de fatigue et d'épuisement qui crée ce moment de confusion. Mais parfois, cela perdure. Les proches vont dire : je ne le reconnais plus. Il est comme perdu ...

La possession par les esprits mauvais (dont les évangélistes parlent en toute simplicité) n'est pas loin. La structuration de la personne est mise en danger. Dans certaines maladies que nous nommons aujourd'hui psychotiques, cela est très perceptible. Nous ne savons plus quelle personne nous avons en face de nous. Est-ce possible de voir un être cher se détruire soi-même ? Est-ce imaginable de ne plus pouvoir communiquer avec un proche ?

Dans les récits bibliques, plusieurs traits reviennent :

  • Les esprits mauvais sont des réalités parlantes. Qui d'entre nous ne connaît pas des voix en nous qui disent : « Tu aurais mieux fait ... » ou « Tu n'arriveras jamais ... » ... voix que la psychologie va ranger du coté du « sur-moi ». C'est le défi du moi, de celui que sait dire « Je », de les laisser parler ce qu'il faut. Parfois, elles disent juste. Mais parfois, elles n'ont plus aucun lien avec la réalité. Elles écrasent la personne.

  • Peu importe si ces condamnations viennent de la prime enfance d'un individu, ou si relèvent de son caractère, ou si elles sont perçues comme une malédiction qui viendrait de l'extérieur. Nous observons leur effet destructeur sur la personne. Faire taire ces voix est difficile, parfois presqu'impossible. Avec la meilleure volonté. Être maître chez soi, de soi, ne relève pas toujours de la démarche individuelle. La complicité d'un autre, témoin de la vie, est nécessaire. Il faut affronter les esprits de face pour que le « Je » puisse émerger, même à l'essai, en tâtonnant.

  • Ce sont des êtres proches qui interviennent au profit de personnes « possédées ». Visiblement, Jésus est sensible à la compassion de l'entourage de personnes privées de leur dynamique de vie. Les restituer en tant que personnes autonomes, voire libres, est déterminant dans son action. Après la guérison, elles parlent pour elles-mêmes, existent en elles-mêmes.

  • Le danger représenté par les esprits est réel. Les esprits continuent à parler, là où une personne émerge d'un danger, d'une « possession ». Même chassées, les voix continuent à parler, à distance. Il y a une image que l'on attribue à Martin Luther « Tu ne peux pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voleter autour de ta tête. Mais tu peux les empêcher d'y construire leurs nids. » Pour lui, cette liberté d'action vient du fait que Dieu nous a libérés.

Que l'individu a droit à la parole, pour avancer librement dans la vie, est une vision profondément chrétienne. « Donner sa vie à Jésus », comme disent parfois les évangéliques n'est point un projet de soumission muette sous la férule d'un autre. C'est une indication que Jésus défendra notre liberté contre toute voix destructrice. Nous pourrons résister. Nous ne serons pas soumis sous les plaisirs, désirs et pulsions. Nous avons le droit de vivre et aucune obligation de nous détruire, ni nous ni la terre. C'est une liberté de dire « Je » avec la complicité de Dieu. Il est garant de notre liberté.

La possession serait une image surannée ? Peut-être ! Mais une réalité qui nous incite à nous inscrire résolument dans la liberté indiquée par Jésus. Les esprits chassés laissent un vide ? ... à prendre par l'Esprit Saint.

AK

12 janvier 2007

Saison des semailles le soir (V. Hugo)

C’est le moment crépusculaire,
J’admire, assis sous un portail,
Ce reste de jour dont s’éclaire
La dernière heure du travail.

Dans les terres, de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D’un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noire
Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours.

Il marche dans la plaine immense
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main, et recommence
Et je médite, obscur témoin,

Pendant que, déployant ses voiles
L’ombre où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu’aux étoiles
Le geste auguste du semeur.

29 décembre 2006

Le semeur (Marc 4)

Bonjour à tous !
Un peu en avance de l'année 2007 je vous souhaite beaucoup de bonheur et de joies. Bientôt nous nous retrouverons autour du quatrième chapitre de Marc. J'ai choisi de m'attarder un peu sur la parabole du semeur (et indirectement sur celle des épis) et de vous soumettre cette question qui me résiste... une question de propriété en somme : dans cette histoire qu'est-ce qui appartient à qui ? Le champ est à son propriétaire, certes, mais il est peut-être loué ? Et la semence ? Et les épis, à qui sont-ils ? Est-ce un bien en toute propriété ou un droit d'usage ? Bien entendu vous pouvez vous en tirer avec une pirouette comme « tout est à Dieu» mais ne devrions-nous pas entendre responsabilité au lieu de propriété ? Le débat est ouvert, en attendant de le poursuivre je vous laisse avec Pieter Brueghel (l'ancien)...

12 décembre 2006

Blasphème, vous avez dit blasphème ?

« … tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu'ils auront proférés; mais quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n'obtiendra jamais de pardon: il est coupable d'un péché éternel. »
Dures paroles en vérité … difficiles à recevoir … alors pour comprendre ce que « péché » veut dire, allons voir comme cela se passe chez notre ami, je veux dire : Job.
Job est affligé de mille maux (de mille mots aussi). Comment réagit-il ? Le livre nous le raconte au chapitre 2 …

Sa femme lui dit: Tu demeures ferme dans ton intégrité !
Maudis Dieu, et meurs !
Mais
Job lui répondit : Tu parles comme une femme insensée.
Quoi! nous recevons de Dieu
le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal ?
En tout cela Job ne pécha point par ses lèvres. Trois
amis de Job, Eliphaz de Théman, Bildad de Schuach, et Tsophar de Naama, apprirent tous les malheurs qui lui étaient arrivés.
Ils se concertèrent et partirent de chez eux pour aller le plaindre et le consoler. […]
Après cela
, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance.

Job crie, il crie même contre Dieu, tandis que ses « amis qui lui veulent du bien » tentent de le raisonner. Elifaz prend la parole en premier, il est affable et rassurant, il dégouline de bonne conscience ; mais parle-il bien de Dieu ? Certes non, si on en croit la fin du livre. Mais à Elifaz succède Bildad qui « en rajoute » ; il s'approprie Dieu un peu comme ferait comme un intégriste (Job 8:13) : « Ainsi arrive-t-il à tous ceux qui oublient Dieu, Et l'espérance de l'impie périra. »
Ici nous touchons à la question du péché : de quoi s'agit-il ? Quel acte a donc été commis ? Dans l'histoire de Job, personne ne fait rien d'autre que parler ! La différence entre Job et ses « copains », c'est que ces derniers enferment Dieu dans une relation bloquée, sans espoir ni pardon possible. Le péché, dans ce contexte, ne serait-ce pas la rupture de la relation avec Dieu ? Et le blasphème n'en serait-il pas la quintessence (en grec βλασφημεω, dire de mauvaises paroles, faire un mauvais augure lors d'une cérémonie) ? Blasphémer, dans ce sens, c'est prétendre dire ce que Dieu est, doit être et sera de manière définitive ; ce par quoi toute relation à Dieu deviendra définitivement impossible. Le troisième des « amis » de Job, le dénommé Sofar, ne fait pas autrement (Job 11:5) :
« Oh! si Dieu voulait parler,
S'il ouvrait les lèvres pour te répondre,
Et s'il te révélait les secrets de sa sagesse,
De son immense sagesse,
Tu verrais alors qu'il ne te traite pas selon ton iniquité.
»
Lisez vous-mêmes les réponses de Job et la fin de ce livre, magnifique mais tout aussi difficile que les paroles de colère que Jésus prononce au chapitre 3.

03 décembre 2006

Cher Zébédée,


Il est vrai que tu n'es pas un homme calme ! Quand Iaakov, ton fils aîné, est parti avec cet inconnu déjà tu fulminais contre ce vent mauvais qui, venu de la mer, balayait le lac, faisait fuir le poisson et troublait les esprits. Et ne voila-t-il pas qu'à peine remis de l'émotion ton second fils, Iohanan le tendre, t'annonce que lui aussi s'en va te laissant seul avec tes ouvriers, l'entreprise qui croule sous les dettes et les impôts, l'insécurité qui règne sur les routes… Tout te révoltait, ce départ auquel tu as consenti, l'injustice à tous les niveaux, la cruauté des dirigeants de cette province, l'influence néfaste de tous ces étrangers…




Mais c'est toi aussi qui as su dire non à ceux qui voulaient lancer la révolte, s'appuyer sur la haine de l'ennemi pour gagner une bataille face à une bande de légionnaires perdus en pleine Galilée, c'est ta colère qui a fait voir que la justice n'était pas à une chose à attendre de l'occupant mais à pratiquer au quotidien. Oui, tes éclats font autant pour ta renommée que ta générosité, c'est pourquoi ton nom méritera d'être célébré par les générations qui viennent. Oui, le surnom que ce Jésus a donné à tes fils, il est mérité.

28 novembre 2006

Quelle famille pour quel message ?

Les questions que nous posent le texte - et Angelika - sur la « vraie » famille du Christ ne peuvent manquer de faire chercher un peu de généalogie, mais voila ... c'est ailleurs ! Pas de généalogie dans l'Évangile de Marc, et des relations familiales plutôt tendues (3:21). Voyez comment ce peintre flamand (Geertgen, vers 1480) représente l'arbre de Jessé, un désordre invraisemblable avec des personnages qui « flottent ». Les « filiations » que met en place l'Évangile de Marc ne sont-elles pas aussi souples, spatiales, flottantes ?

Si vous voulez retrouver l'origine de l'expression « arbre de Jessé », c'est dans Esaïe 11, et Jessé est le père de David. Et pour voir le tableau de Geertgen en grand, cliquez sur le lien affiché en vert, ne manquez pas les détails.

Des filiations constitutives (Marc 3)

«Tu es mon fils bien-aimé ...en toi j'ai mis tout mon plaisir ...»
«Le fils de l'homme est venu pour sauver ceux qui étaient perdus ...»
«Qui sont ma mère
et mes frères ?»
Dieu parle le premier
en instituant une relation
Ensuite, Jésus inscrit son propre agir dans cette filiation donnée
Jésus fonde une filiation nouvelle et ouverte
  1. Appel, assez personnel, par une voix du ciel
  2. Confirmation par la voix des mauvais ésprits
  1. dans la filiation avec Dieu et
  2. dans la filiation avec l'humanité
  3. en toile de fond ...... la tradition prophétique
  1. dans la suite de Jésus
  2. pas marquée par le biologique, le clan etc.
  3. ouverte à ceux qui veulent s'inscrire dans cette lignée
paroles venant "d'ailleurs"
enseignement "objectif"
un point de vue "familial"
Marc, chapitre 1
Marc, chapitre 2
Marc, chapitre 3

27 novembre 2006

L'acharnement thérapeutique

Comment pourrais-je comprendre les évènements qui m'arrivent ? Pourquoi m'a-t-il choisi ? Je suis comme amputé de mes possibilités !! Cette question révèle une image d'un dieu qui serait à l'origine de tout, tapi dans les starting-blocks.

Quand vous prenez ces interrogations lancinantes et que vous les posez aux personnes des premiers chapitres de l'évangile de Marc, vous pouvez observez comment elles s'y trouvent comme inversées :

L'interpellation de Jésus met ces personnes mutilées dans leur existence, au centre, debout. Le pourquoi devient un « à quoi bon ? » Il met leur vie en mouvement, renouvelée.

  • Le grabataire se lève de sa natte, pardonné. Lui qui était sans parole, la prend pour louer Dieu.
  • L'homme à la main desséchée se lève également. C'est lui qui est au milieu. Il est rétabli dans son intégrité.

Nous ne savons toujours pas pourquoi l'un était couché sur sa natte et l'autre mutilé. Mais ils se tiennent devant nos yeux : Des humains, debout et vivants. Là où nous posions la question du pourquoi (qui est tourné vers le passé) Dieu nous attend, devant nous. Là où nous le cherchions derrière nous, il nous a devancés.

Les deux verbes, guérir et sauver, s'entrelacent dans le développement de cette idée. Sans demander, Jésus s'acharne à guérir.

Irénée, père de l'Église, est souvent cité par cette phrase « La gloire de Dieu est l'homme debout ».

Le IL et le JE

« À toi, je dis, lève-toi ...! dit Jésus au grabataire. À Lévi, fils d'Alphée, il dit « Suis-moi ». Jésus assume son autorité et ses actes. Il parle en « Je ». Jésus ne se dérobe pas ; il met son existence dans la balance. Nous avons vu comment ses interpellations changent la vie des uns et des autres de façon personnelle.

Mais quelques uns ont constaté que Jésus ne parle pas de la même manière quand il est contesté dans son action. Son enseignement, il le donne en troisième personne : « Le fils de l'homme est venu ... », « le marié est là ... ». Cela peut ressembler à une dérobade. La réponse garde un caractère objectif.
Il me semble que Jésus donne ici les clés d'une compréhension de sa venue qui le font sortir d'un face à face direct, qui ouvrent vers une universalité. La controverse immédiate avec ses opposants est dépassée. Le lecteur peut, autant que les contestataires, recueillir la réponse et la faire sienne.
On peut bien voir, comment un enseignement (qui s'inscrit dans du vécu concret) sort ainsi du cadre historique :
  1. Jésus garde une liberté de parole au delà de la contestation.
  2. Le lecteur acquiert une liberté d'adhésion au projet de Dieu.
AK

16 novembre 2006

Le Fils de l'Homme

Qui est donc cet énigmatique « fils de l'homme » ? Depuis quand parle-t-on de lui (même Magritte, ci-contre) ?

Dans les livres les plus anciens de la Bible (les Psaumes) cette expression (au pluriel) désigne le genre humain ; ainsi dans le Psaume 62 :
Oui, vanité, les fils de l'homme! Mensonge, les fils de l'homme !
Dans une balance ils monteraient tous ensemble, plus légers qu'un souffle...

et dans le livre de Job (16:21) :
Puisse-t-il donner à l'homme raison contre Dieu,
Et au fils de l'homme contre ses amis !

C'est dans la littérature prophétique que « le Fils de l'Homme » se met à désigner le messager de Dieu, ici dans Ezéchiel 2:1 :
Il me dit: Fils de l'homme, tiens-toi sur tes pieds, et je te parlerai.

C'est donc, peut-être, en allusion au prophète visionnaire du relèvement d'entre les morts que Jésus emploie cette expression afin d'être compris par ses interlocuteurs ; né d'humain et porteur du message de rédemption.