21 décembre 2009

Pentecôte et le don (3)

Citation de Jean-Marie Lustiger (extraite de la revue Sens, 12-2009) :

On a rapproché la Pentecôte et le don de la Loi au Sinaï. Ceci est profondément vrai car, déjà saint Luc, au moment où il rédige son récit des Actes des Apôtres, a conscience que c'est une nouvelle alliance et une nouvelle loi qui t promulguée. Les Pères de l'Église l'ont suivi dans cette voie. Mais nous ferions un faux en opposant radicalement Sinaï et la Pentecôte comme le Loi et la Liberté. Il faut les rapprocher et non pas les opposer. En effet, il est faux de dire qu'au Sinaï l'amour ne se soit pas manifesté et que la terreur règne. Il est faux de dire qu'à la Pentecôte les exigences aient été enlevées.

En fait, il y a entre ces deux sommets de l'histoire du Salut, prolongement et épanouissement d'une même histoire d'amour. La loi donnée au peuple dans l'éclat de l'apparition au désert ne représente pas une décision arbitraire et tyrannique de Dieu. Cette loi est l'expression des liens que Dieu veut établir entre les hommes et Lui. Elle exprime certes la volonté souveraine de Dieu devant laquelle l'homme ne peut pas se permettre de discuter, mais elle découvre à l'homme en même temps la loi de la vie. Expression qu'il ne faut pas prendre seulement en un sens juridique, mais aussi en un sens profond et vital, comme lorsqu'on parle d'une loi de croissance.

[...]

Dieu alors, en faisant prendre conscience à l'homme de son incapacité à être fidèle, créera en lui le désir d'une intimité plus grande et d'une union plus grande aussi avec son amour. En même temps, il lui fait entrevoir de quelle manière il le réalisera.

15 novembre 2009

Pentecôte, fête du don ? (2)

Rebonjour,

Toujours à propos de la proximité et de la différence entre judaïsme et christianisme. La différence c'est d'abord que les juifs manient volontiers l'humour sur eux-mêmes (voyez les blagues à droite...), ce que les chrétiens font assez peu (voire pas du tout).

Dans la tradition orale du judaïsme, chaque passage de la Tora (la Loi) est associé à un passage des Prophètes (ça s'appelle la Haftara). Concernant le Décalogue, qui est le « noyau dur » de la Loi, le passage associé est Ezéchiel 1 à 3. Lisez pour vous-mêmes ces chapitres, surtout 2 et 3 (le chapitre 1 fait un peu science-fiction mais c'est une autre histoire) ; en particulier ceci :

Ez 3:6 Ce n'est point vers de nombreux peuples ayant un langage obscur, une langue inintelligible, dont tu ne comprends pas les discours. Si je t'envoyais vers eux, ils t'écouteraient.

Sans ignorer la place du Christ, la « bifurcation » entre les deux religions est peut-être là aussi.

Pentecôte, une fête du don ?

Bonjour mes amis,

Encore un petit mot sur la Pentecôte (je pourrais vous en faire dix si j'avais le temps !).
Quand on lit le récit sans préparation, « hors contexte », c'est un peu bizarre quand même, bref : un récit de miracle (pourquoi pas). Cela dit, il y a une question que presque personne ne pose à propos de Pentecôte, c'est de savoir pourquoi les disciples étaient réunis à ce moment et surtout pour quoi faire.

Officiellement, il s'agissait de la « fête des Moissons » ou « fête des Semaines », d'où le nom juif de cette fête : Shavouot ; il s'agit d'une fête rituelle célébrée par un pèlerinage à Jérusalem 50 jours après la Pâque, c'est-à-dire 7 semaines plus un jour (certains juifs expliquent que le jour supplémentaire nous rappelle le fait que l'histoire n'est pas cyclique). Et, lors de cette fête, l'offrande était formée de pains.

Cependant, comme pour d'autres fêtes rituelles, un glissement s'est progressivement opéré vers un sens plus théologique pourrait-on dire. Dès le IIème siècle la fête de Shavouot fut considérée comme la fête du don de la Loi (Matan Tora), un temps consacré à l'étude et à la louange.

C'est donc, peut-être, ce qu'étaient venus faire ensemble les disciples réunis ce jour-là, remercier pour les dons reçus (les fruits de la terre comme la Loi).

Je ne dis pas pour autant que le christianisme naissant n'a fait que s'approprier une évolution en cours ; non, la Pentecôte ouvre un chapitre radicalement différent avec l'ouverture aux Nations, au monde si vous voulez.

14 novembre 2009

Une histoire de bouches

Dans le récit de la Pentecôte (début de actes 2) il est question de « langues de feu » et de « parler des langues ». Le français est très semblable au grec en ce point : un seul mot pour les deux choses ! Le mot grec est celui qui a donné glotte, polyglotte, glossaire, etc. Bref, des quantités de langues qui s'agitent en tous sens. Ce qui nous rappelle une situation similaire quoiqu'inversée, à savoir le mythe (ou l'histoire) de Babel où les hommes parlent « tous la même langue » (au début !). Le texte hébreu, lui, dit qu'ils ont la même « lèvre », mais c'est un peu la même idée.

Pentecôte = Babel à l'envers ? Sans doute, sur bien des points, mais en tous cas pas Babel à reculons ; plutôt, une histoire anti-babélienne ? Plus de chef pour donner des ordres, plus de tour à construire, plus de briques ni de mortier, rien que des femmes et des hommes, très divers et pourtant unis.

10 octobre 2009

Hommes

Ce billet pour un seul mot : « hommes ». On le trouve quasiment dés le début avec « hommes de Galilée », « hommes frères », « hommes juifs », etc. Les traducteurs l'omettent souvent parce que cela « fait bizarre en français ».

En grec, vous avez deux mots pour dire « homme », il y a anêr (ανηρ) qui a donné andros, le prénom André, les mots commençant par "andr-" ; et puis anthropos (ανθρωποσ) qui a donné, par exemple, "anthropologie".

Dans le livre des Actes, c'est le premier qui apparaît fréquemment, le plus fréquemment, et de loin, et bien plus que dans les Évangiles : près d'une centaine de fois. Ce n'est pas une évocation du masculin opposé au féminin, mais celle d'une personne ayant des qualités, dans toute son unicité, sa singularité, tandis qu'anthropos désigne un individu quelconque, un membre du genre humain sans plus de précision.

Bref, le livre des Actes s'adresse à chacun d'entre nous, et à chacun dans sa langue, sa sensibilité.

Préambule

ReBonjour !

Ouvrir le livre des Actes des Apôtres c'est déjà une avalanche de questions qui se posent :
est-ce la suite d'une histoire commencée ailleurs ? (ce que l'auteur nous annonce dès le départ)

  • une description de l'Église primitive, ou des premières communautés ?
  • une plongée dans la vie quotidienne au 1er siècle ?
  • le guide du routard Méditerranée-Est, année 51 ?
  • le manuel du prédicateur ambulant ?
  • un récit (de quoi ?) 
On s'en doutera, c'est un peu tout cela à la fois (en tous cas pas un livre d'histoire au sens où nous l'entendons aujourd'hui). Un peu à la manière de la Guerre des Gaules de César : on raconte quantité d'événements, on fait « vivre » des personnages, mais ce n'est pas seulement pour nous divertir ou pour donner à lire aux générations futures, il y a une intention, un projet.

Deux petites remarques : d'abord, la fin de l'Évangile de Luc ne coïncide pas bien avec le début du livre des Actes, la nouveauté est claire (lisez) ; ensuite, le mot « homme » mais c'est juste pour après.

En actes...

Bonjour à tous !
Les idées commencent à se préciser.
Nous lirons patiemment le livre des Actes, tout en faisant de larges pauses pour suivre les « fils » ou « branches» proposés par le texte lui-même, ou nos contributions et témoignages. Les pages du livre Oserai-je ? nous apporteront d'autres temps de respiration ... ou d'inspiration ?
Au cours de ce parcours, nous reviendrons fréquemment sur les chapitres 1 et 2 du livre, qui agissent comme une sorte de « programme » pour la suite (le prochain billet va vous détailler cela).
Pour éclairer notre parcours, nous vous proposons de relier les thématiques qui vont se dégager autour de quelques « grandes questions » associées à des verbes :

  • vivre, survivre, revivre, rebondir ... quand après la disparition, la rupture on commence à relever la tête, ou quand on a simplement le sentiment de la joie ou du bonheur, quand c'est le temps de rire mais parfois de pleurer ... et l'espérance au bout !
  • bâtir, construire, créer, reconstruire ... une histoire de nouveautés, de ce qui n'existe pas encore mais va naître, que ce soit un enfant, une communauté, une association, une œuvre d'art
  • cheminer, avancer, surmonter ... que ce soit au long d'une vie, avec un conjoint, seul ou dans une communauté, face à des obstacles, à la maladie ou la fin de vie
  • choisir, s'orienter, décider, accepter ... parce que tout ne se vaut pas : qu'est-ce qui est bon ?
  • partager, échanger ... est-ce que tout cela a un sens si je le garde pour moi tout seul ?
  • s'enraciner ... dans un nouveau pays, peut-être, dans une communauté, ou simplement dans la foi ?
  • témoigner... de sa foi, évidemment ... oui, mais comment ?
  • agir, s'engager ... pour la justice, dans un service, pour une idée, sans évacuer les questions matérielles (l'argent !)
  • et enfin, prier ... n'importe où, n'importe quand, de toutes les manières, pour toutes sortes de raisons ?
Le livre des Actes « zappe » fréquemment entre ces questions, si bien que nous aurons toutes sortes d'occasions pour approfondir.

30 août 2009

Rebonjour !

Chers amis,

Cette année (2009-2010) le blog servira de façon un peu minmaliste, pour vous communiquer dates, horaires, textes de support, thématiques etc.

A tout bientôt !

25 novembre 2008

Ce qu'aux autres naguère j'ai imposé, ...

"Mon Seigneur est Bezeq", est un nom propre qui est interprété de différentes manières. Est-ce que Bezeq (petite pierre) indiquerait les testicules et se moquerait ainsi de l'ennemi, comme certains le comprennent ? Peu importe !
Ce qui est sûr : A un endroit stratégique du récit, tout au début du livre des juges, la question est ainsi posée : « Mon Seigneur, c'est qui ? » Adoni-Bezeq perd, en tant que roi, la bataille, et sa vie dans la suite, ... Il a pactisé, avec un seigneur trop faible. Il a fait un mauvais choix, semble ironiser, dès l'ouverture, le rédacteur du livre des juges.
Un grand retournement est en train de se faire, sous nos yeux : Le grand roi qui était auparavant attablé, 70 rois mutilés sous sa table à ramasser des miettes, va se retrouver dans leur posture : sous la table, incapable de se tenir debout. Il est dans l'impossibilité de manier une arme ou d'autres ustensiles, voué à la mort. C'est lui-même qui énoncera la morale du récit : Ce qu'aux autres naguère j'ai imposé, Dieu me l'inflige aujourd'hui.

Le lieu de sa mort est instructif : Jérusalem. On l'amène là-bas. Lieu étonnant si on suit le récit à la trace, car Jérusalem n'est pas encore dans la main de Juda, ses ennemis. Mais c'est ce lieu qui devient le théâtre de sa déchéance.


On peut chercher le destinataire d'un tel récit : A qui s'adresse-t-il ?
Seraient-ce ceux qui ont été amenés à Babylone qui attendent un retournement de leur situation ?
Seraient-ce ceux qui se posent la question « à quel saint se vouer » dans leur vie, quels sont les choix fondamentaux à faire ?
Tout peut basculer, d'un moment à l'autre ... pas de façon aléatoire, mais bien en correspondance avec des choix préalables ...

Un prologue s'écrit ... après la lecture du livre

Le prologue s'écrit ... après la lecture du livre ; mais il se pose bel et bien au début de la lecture. Ainsi, il peut être utile d'imaginer que le premier chapitre des juges joue ce rôle de préambule ... et que nous le lisons une première fois au début, pour y revenir à la fin.

Il délimité un grand sujet, et plusieurs clés pour la suite :

  • A qui appartiennent les espaces habitables ? ... grande question des humains.
  • Comment accéder, et de quel droit, aux moyens vitaux pour une société ? ... surtout en période de transition.

Les anecdotes en miniatures du premier chapitre jouent un rôle de clés de lecture. Elles indiquent des passages possibles, mais inattendus, à travers le questionnement posé.

Adoni-Bezeq qui confesse le Dieu d'Israël comme Seigneur,

Aksah qui reçoit les sources d'en haut et d'en bas et

l'homme de Louz marquent des rencontres avec des guides à travers un terrain difficile. Le lecteur les découvre au début de la route, pour revenir vers eux, au bout du chemin. C'est à la fin qu'on va pouvoir dire le chemin parcouru !!


17 octobre 2008

Le livre des Juges, un grand patch-work

Certains se sont employés à décrire d'où proviennent les morceaux utilisés du livre des juges : les noms des localités et des héros en sont des indicateurs et témoins parlants. Samson évoque ainsi le soleil ... et nous nous baladons allègrement à travers les contrées d'Israël.

D'autres lecteurs ont dépeint les formes géométriques que les morceaux du récit forment entre elles : les 12 personnes génèrent un tel motif central. Forts différents par leurs actions, ils sont qualifiés de sauveurs, et parfois de juges. Les temps de répit qu'ils donnent au peuple se structurent par des multiples du chiffre symbolique des 40 ans.

On peut distinguer un repiquage particulier que certains appellent : l'idéologie deutéronomiste ; c'est comme une géométrie régulière, un réseau de fils sous-jacents : « Le peuple trahit Yhwh, celui-ci le livre à ses ennemis, le peuple opprimé crie vers son Dieu, il lui est alors suscité un libérateur ». ... et ainsi de suite (André Myre). Ce leitmotif, en quatre temps, reste toujours valable, bien que le temps s'écoule.

La doublure ? ... ce sont les chapitres qui ouvrent et clôturent le livre ; ils structurent l'ensemble. Les uns les ont qualifiés d'appendices ... mais ne recèlent-ils pas des éléments narratifs qui dynamisent l'ensemble ?

Le livre des « Juges » est tout, sauf un patchwork traditionnel et prévisible ! Il contient quelques éléments qui détonnent : Récits en miniature comme l'histoire d'Aksah ou la femme avec la meule, destins tragiques comme celui de la fille de Jephté, ... les « Femmes fatales, filles rebelles » , comme les appellent Corinne Lanoir, ressemblent à des petites créations originales. Elles contrastent avec les figures géométriques, réguliers, et créent des tensions intéressantes.

Bonne lecture à travers ce vaste assemblage coloré !

12 octobre 2008

Sur la route

Voici à présent la seconde moitié du verset Juges 2:22, que je trouve très inspirante. Je la transcris ici pour plus de facilité (ainsi j'ai les mots sous les yeux) mais ne vous inquiétez pas, le mot-à-mot vient de suite.

השמרים הם את דרך יהוה ללכת בם כאשר שמרו אבותם אם לא

… c'est-à-dire, « Est-ce qu'ils gardent la route du Seigneur pour (y) marcher comme (l')ont gardée leurs pères, ou non ?».

Le texte lui-même prenant la forme interrogative, restons donc sur le mode du questionnement. À quoi ressemble-t-elle, cette route ? Certains traducteurs en font une « voie » assez abstraite, mais ici nous sommes plutôt au niveau de la poussière ! Y voyez-vous une piste dans un désert plutôt plat et caillouteux, ou une sente éparse dans un sous-bois touffu (voire une jungle !), ou encore des choix à faire parmi des bifurcations innombrables, ou encore une à la lueur des étoiles une nuit de nouvelle lune ?

Mais ne serait-ce pas aussi la traversée des villes qui grouillent d'êtres affairés à des tâches innombrables et pas toujours fort compréhensibles ?

Chacune, chacun va comprendre cette « route » à l'aune de sa propre vie, des bifurcations qui s'y produisent, par hasard ou par intention.

Face à chacune de nos routes, ne faut-il pas adopter aussi ce ton interrogatif, la comparant à la route suivie par « nos pères » ?

Clin d'oeil final : derrière la station de Canfranc (sous le Somport, côté aragonais) vous trouverez cet étonnant « paseo de los melancolicos » jouxtant la « piste du col des voleurs ». Décidément, le choix du chemin n'est pas toujours chose facile !

11 octobre 2008

Qui montera pour nous ?

Le livre des Juges commence par cette interrogation formidable, parfois - à tort - traduite en « qui de nous montera … ».

Ce bout de phrase est en fait une citation du discours d'adieu de Moïse (Deut. 30:12), quand Moïse fait voir que la Loi (Torah) n'est pas « accrochée au Ciel » dans l'attente de quelqu'un qui irait là-haut la (com)prendre, mais qu'au contraire elle est tout près de nous pour que nous nous en servions.

Le rédacteur du livre des Juges voit les choses un peu différemment, il détourne la phrase attribuée à Moïse pour en faire une question militaire ou communautaire ; en somme, pour dire « c'est bien gentil ces questions de Loi mais concrètement, là, comment on procède ? ». Un vrai débat, par citations interposées.

Oui, comment faire pour prendre des décisions, quand on est une (petite) communauté ? Est-ce qu'il nous faut un chef, un vrai ? Est-ce que l'initiative individuelle peut suffire ? Est-ce qu'il faut un prêtre pour nous amener la bonne, la vraie parole, ou peut-être un « leader » capable de nous éclairer (sur) le Ciel et la Terre ?

Et si nous avions un chef, serait-ce un responsable politique (celui qui organise les choses concrètement) ou un responsable religieux (celui qui dit ce qu'il faudrait faire mais ne fait rien par lui-même) ?

(ci-dessus, les restes de la route romaine de Jéricho à Jérusalem)

28 septembre 2008

Message de service

Chers lecteurs, visiteurs, blogueurs,
Le blog de Nicodème va reprendre du service !
Cette année nous nous promènerons dans le livre des Juges … il va y avoir du frisson ! du sang qui coule, des poèmes magnifiques et puis des femmes, et lesquelles !

A tout bientôt, et avec l'immense plaisir de vous retrouver.

25 juin 2008

Qu'est-ce que la Bible ? (modifié)

Quelle question ! Il n'est quasiment question que de cela dans ce blog, alors ?! Pourtant … La Bible, une bible, ta bible … est-ce la même chose ? La discussion entre Jésus et un « sadducéen » (enfin, disons, un contradicteur parmi d'autres) à propos de la femme qui a sept maris a, entre autres dimensions, l'intérêt de mettre en scène plusieurs références au texte écrit de la Loi de Moïse (la Torah, soit les cinq premiers livres de la Bible).
Les autres évangélistes qui racontent ce dialogue dans des termes quasiment identiques (y compris le « décryptage» final) omettent de signaler qu'on peut lire la Loi dans le livre de Moïse ; et « livre » en grec se dit … biblos (cela désigne une feuille de papyrus), qui a donné très directement notre mot « bible ». Est-ce à dire que les cinq premiers livres de la Bible, joints aux Psaumes, formaient déjà un recueil stabilisé ? Difficile de répondre, et encore plus difficiles sont les questions suivantes : quand Jésus parle du livre de Moïse, évoque-t-il les ajouts futurs ? Et quand Marc écrit, où en est-on (les lettres de Paul sont déjà là) ? Ces questions n'appellent évidemment aucune réponse, mais sont plutôt là pour nous aider à dépasser un peu l'idée de la Bible comme d'un livre clos.

Quoi qu'il en soit, j'aime à penser que cet Évangile que nous lisons, et qui fait partie de notre Bible, parle lui-même de la Bible comme d'une œuvre bonne à lire, alors qu'elle est justement en train d'émerger …

P.S. Une certitude quand même : autour de Jésus les personnes capables de lire n'étaient pas fort nombreuses ! Et chez nous ????

20 juin 2008

Il vous précède ...

... en Galilée, très bien, mais où ? C'est que le lieu, s'il n'est pas très grand, recouvre quand même un certain nombre de villes, villages, et un grand lac. Un peu comme si on nous disait «il vous attend sur le Bassin» !
Où chercher, donc ?
Peut-être dans une synagogue (une église, si vous voulez) ? Pas de chance, il y en a au moins une et souvent plusieurs dans chaque village, cela va faire un peu long …
Et puis … le Fils de l'Homme est-il venu au monde pour se faire enfermer entre quatre murs ? Certainement pas ! Changeons d'idée.
Peut-être est-il sur les routes pour que nous ayons les plus grandes chances de le croiser, comme entre Jérusalem et Bethléem ? Ou sur le lac en train de pêcher ? Ou dans les champs en train de semer et de récolter, activités qu'il affectionnait particulièrement ?
Faut-il lui téléphoner, et en ce cas à quel numéro ? Rien ne se présente bien clairement. En fin de compte, une seule évidence : si nous le cherchons quelque part, c'est peine perdue ! C'est lui qui nous cherche ! Et il peut venir nous rencontrer à tout moment, n'importe où, quand ça lui chante en somme … reste à s'en apercevoir.

L'autre élément extraordinaire, c'est la précédence. Il nous précède dans les épreuves, dans les doutes, dans les joies. En fait c'est depuis le début de cet Évangile qu'il précède : relisez et vous constaterez.

Billet sans paroles

Duccio Buoninsegna

18 juin 2008

Je suis... tu parles !

Après que Jésus eut «rendu visite» au Grand Prêtre, et lui avoir fait sa célèbre réplique jugée blasphématoire, il se trouve face à Pilate (une seule fois dans cet évangile) qui l'interroge et lui demande s'il est bien le «roi des Juifs» (question bien plus directe que celle du Grand Prêtre, d'ailleurs).

Textuellement, Jésus répond : «toi, tu dis». Ici encore, le complément du verbe est absent : tu dis, mais que dis-tu au juste ? Jésus renvoie Pilate à sa question, c'est à lui-même de répondre ; en aucun cas Jésus n'affirme sa position. C'est à nous aussi de répondre, il va de soi !

Quant au silence qui suit … c'est à chacun de nous de l'écouter, et pourquoi pas dans la prière ?

Ou en admirant ce tableau de Hans Holbein le Jeune où vous «entendez» les vociférations de tous en total contraste avec le silence de Jésus. Le tableau fut peint vers 1524 et se trouve au musée de Bâle.

14 juin 2008

Du buisson ardent à la croix : « Je suis ... »

« Je le suis », nos traductions françaises des paroles de Jésus au chapitre 14, 62 laissent entendre que Jésus est quelque chose ou quelqu'un. Mais le petit « le » est un rajout. Ainsi complétée, la phrase s'écoule bien, trop bien peut-être.

Jésus semble acquiescer à la question du grand-prêtre s'il est le Messie. Dans la version française, le décalage fondamentale entre la question et la réponse de Jésus n'est plus perceptible. Le grand-prêtre s'attarde sur le titre que Jésus porte : Es-tu le messie, l'oint de Dieu. Jésus répond, mais dans une liberté étonnante. Ce n'est pas le titre qu'il revendique. Non, c'est l'être. ... sans aucun rajout. « Je suis »

Ceci amplifie les paroles chez l'évangéliste Jean : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Je suis. A travers cette posture, il reprend les paroles entendu par Moïse face au buisson ardent « Je suis celui que je serai ». Jésus ne s'identifie pas avec une fonction particulière. Il ne se laisse pas enfermer dans un rôle. Il est. ... Il n'y a pas de rajout nécessaire. Liberté absolue de Jésus. Elle ouvre notre vue : ... Je suis et vous verrez le fils de l'homme.

Tout en voyant Jésus, notre regard permet d'avoir une vue globale sur ce qui se passe. Vous verrez ! Le règne de Dieu qui vient vers nous. Jésus auquel on fait le procès, ouvre vers une existence nouvelle.

25 mai 2008

N'importe quoi !


Petit billet pour un petit mot. En Marc 12:24 et 12:27, puis encore en 13:5 et 13:6 il est question d'erreur et de séduction, bref de tout ce qui va « de travers », mais saviez-vous que c'est le même sujet ? Le mot grec c'est πλανασθε qui vient du verbe πλαναω (planao) qui veut dire « égarer, écarter du but ». C'est l'étymologie d'un mot que nous connaissons bien : la planète ! Bizarre, non ? Quoi de plus stable, fixe que notre planète ? Certes, mais pour les Grecs les planètes étaient ces astres qui décrivent le ciel d'une manière inexplicable, contraire à la loi simple qui régit le mouvement (apparent) des étoiles. C'est seulement au début du deuxième siècle qu'un savant d'Alexandrie, Claude Ptolémée, parviendra à établir un système à peu près juste pour la prédiction du mouvement de ces astres (et qui tiendra jusqu'à Kepler). Une planète, c'est donc un astre qui s'écarte du chemin fixé et part dans une direction aberrante (on parlait aussi des astres errants, ce qui nous ramène à l'étymologie de l'erreur !). Bref, on peut aussi bien comprendre que les Sadducéens et les disciples admiratifs du temple se trompent, ou se fourvoient, ou sont dans l'erreur, mais pour rester dans l'idée originale disons … qu'ils déraillent complètement !