25 mai 2008

N'importe quoi !


Petit billet pour un petit mot. En Marc 12:24 et 12:27, puis encore en 13:5 et 13:6 il est question d'erreur et de séduction, bref de tout ce qui va « de travers », mais saviez-vous que c'est le même sujet ? Le mot grec c'est πλανασθε qui vient du verbe πλαναω (planao) qui veut dire « égarer, écarter du but ». C'est l'étymologie d'un mot que nous connaissons bien : la planète ! Bizarre, non ? Quoi de plus stable, fixe que notre planète ? Certes, mais pour les Grecs les planètes étaient ces astres qui décrivent le ciel d'une manière inexplicable, contraire à la loi simple qui régit le mouvement (apparent) des étoiles. C'est seulement au début du deuxième siècle qu'un savant d'Alexandrie, Claude Ptolémée, parviendra à établir un système à peu près juste pour la prédiction du mouvement de ces astres (et qui tiendra jusqu'à Kepler). Une planète, c'est donc un astre qui s'écarte du chemin fixé et part dans une direction aberrante (on parlait aussi des astres errants, ce qui nous ramène à l'étymologie de l'erreur !). Bref, on peut aussi bien comprendre que les Sadducéens et les disciples admiratifs du temple se trompent, ou se fourvoient, ou sont dans l'erreur, mais pour rester dans l'idée originale disons … qu'ils déraillent complètement !

22 mai 2008

Qui veut du parfum (2) ?

Maintenant, la réponse de Jésus, essentiellement que le geste de la femme mérite considération, cela même qui nous paraît un peu prétentieux. Voyons donc ça de plus près. En fait, le geste de la femme est qualifié par Jésus (et par l'évangéliste Marc) de « beau » (καλοσ = kalos en grec, iaffe en hébreu) et pas de « bon ». En ouvrant le dictionnaire grec-français on découvre même « beau, noble, généreux ». De même que le vase de parfum est beau à voir, et le parfum lui-même agréable à sentir, le geste insensé, inutile est généreux, il donne du sens et peut durer (ce que ne fait pas le pain distribué).
Ce qui nous ramène aux pauvres, d'ailleurs.
Oui, les démunis n'ont-ils pas aussi droit de rêver, d'avoir un accès au superflu de temps en temps, de parfumer la vie, de sortir de la misère quotidienne et de la survie qu'on leur assure ? Au-delà des besoins matériels n'ont-ils pas des besoins spirituels ?
Si c'est bien la leçon que Jésus voulait nous proposer, il est heureux qu'il ait insisté pour que ce geste soit mémorisé par les générations : donner plus à ceux qui ont moins. Ou, en termes plus mathématiques : donner +∞ à ceux qui ont -∞ …

20 mai 2008

Qui veut du parfum (1) ?

Ah ! Comme il est cher ce parfum ! Quel travail il nous donne, et pourtant il donne une saveur si intense à cet Évangile…

Revenons donc à l'interpellation des disciples : ils font noter qu'on aurait très bien pu consacrer la valeur du parfum à des pauvres, ce en quoi ils ont raison d'un certain point de vue. En effet, selon le livre du Lévitique l'aide aux plus pauvres est une obligation de la loi (par exemple, Lev 25:35 : Si ton frère devient pauvre, et que sa main fléchisse près de toi, tu le soutiendras). La réponse de Jésus s'appuie d'abord sur un texte voisin qui est tout à fait fondamental (à mon sens) aujourd'hui, à savoir Deut 15:11 que je traduis ici littéralement : Il y aura toujours des pauvres dans le pays ; c'est pourquoi je te donne ce commandement: Tu ouvriras ta main à ton frère, à ton affligé et à ton pauvre dans ton pays. Oui, le possessif est bien répété cinq fois, pas moins ! L'assistance, le secours, le partage figurent donc dans les commandements les plus fondamentaux de la Loi que tous les disciples de Jésus respectaient certainement. Plus encore, le verset du Deutéronome insiste sur la relation et pas seulement sur l'assistanat : la personne démunie, en situation de faiblesse ce n'est pas un pauvre mais ton pauvre ! Ton prochain, si ça peut te faire plaisir, et en tous cas une affaire personnelle.

C'est ainsi que les disciples font (ou voudraient faire) exactement ce qui est attendu. Mais pourquoi Jésus les prend-il à contre-pied ? Bientôt, chère lectrice, cher lecteur …

19 mai 2008

Un autre point de vue sur le vase de parfum

Voici ce que m'écrit un correspondant (Gilles G.) :

Si Jésus prend ensuite la défense de la femme (Marie si on va voir dans l'Évangile de Jean ??), c’est pour la bonne et simple raison que les arguments avancés par ses contradicteurs ne tiennent pas. Certes, effectivement l’argent que l’on aurait pu retirer de la vente de ce parfum « inutilement répandu », aurait pu servir aux pauvres. Mais, dit Jésus, quel que soit le niveau de richesse que pourra atteindre l’humanité, les pauvres seront toujours là. La préoccupation de soulager leur souffrance, de leur faire du bien, de donner de ses richesses pour pourvoir à leurs besoins et alléger le poids de leur misère est et restera donc de tout temps d’actualité. La pauvreté permanente qui nous entoure n’est cependant pas une raison suffisante pour condamner tout geste et toute action que le coeur peut faire dans une autre direction. Cela d’autant plus, dit Jésus, si l’objet de ce don a pour cause l’expression ponctuelle de l’amour et de la reconnaissance envers Dieu, comme c’est le cas ici. Il y a des moments en effet qui sont uniques dans notre relation avec Dieu. Des moments où notre amour pour Dieu occupe tellement notre pensée que toute autre cause et considération, aussi juste et légitime soit-elle par ailleurs, ne peut que s’effacer devant elle. Béni soit celui qui ne laisse pas passer ce moment, mais qui, sans réserve et sans contrainte, avec toute la liberté que lui donne l’amour, sacrifie joyeusement tout ce qu’il a ou ce qui est le meilleur pour Lui. Que la révélation chaque jour renouvelée de ce que Tu es, Seigneur, ouvre mon coeur sur des trésors nouveaux de possibilité d’expression d’adoration envers Toi !
Ci-dessous, une représentation de la femme dont il est peut-être question dans ce passage (la tradition considère qu'il s'agit de Marie de Magdala mais ce n'est qu'une hypothèse permettant de se représenter ce personnage) par le peintre flamand Roger Van der Weyden.

En compagnie d'anonymes

Une femme, un homme, un jeune homme ... qui ?

Le chapitre 14 de Marc nous fait croiser des inconnus : UNE FEMME va donner une piste comment comprendre la mort de Jésus : Casser une fiole, verser de l'huile, donner du sens face à l'absurde.

Les disciples vont suivre UN HOMME qui porte une cruche ... Porter de l'eau, servir, indiquer un lieu d'accueil et de fête.

Ce n'est pas forcément ce que nous attendions

Ces personnes connaissent Jésus sans que nous sachions comment. Elles ont une place dans son existence, sans justification, sans titres, sans pédigrée. Elles n'ont pas l'autorité d'un appel à leur appui. Mais ce sont elles qui ouvrent des chemins nouveaux : une femme qui oint, un homme qui sert et accueille.

Les apôtres sont à l'image de la multitude, avec leurs élans et leurs questionnements. À l'approche de la mort, ceux qui ont été appelés vont reculer, se tenir à la marge. Leur comportement ne fait pas autorité. Ce sont des anonymes, une femme, un homme, qui vont ouvrir la voie.

UN JEUNE HOMME va suivre. Il n'est pas un héros, lui non plus. Il va lâcher son drap. Mais il va indiquer que des inconnus vont se joindre à Jésus. Qu'ils vont le suivre à la trace.

Ce chapitre de Marc indique un chamboulement : Là où il semble mener inexorablement à la mort, il nous rend un avant-goût de vie nouvelle. Le message de Jésus s'incarne dans des inconnus qui lui donnent corps et vie.

17 mai 2008

Prier comme un acte de résistance (1)

Le pasteur Jean-Pierre Nizet ayant aimablement accepté de nous faire bénéficier de sa prédication du dimanche 13 avril 2008 sur Marc 1, v.14 à 38, nous vous la proposons en deux billets (qu'il vous appartiendra de séparer par un moment musical approprié).


Je voudrais avec vous creuser le premier chapitre de l’évangile de Marc, revivre cette première journée du ministère public de Jésus afin de souligner pour chacun d’entre nous la nécessité de vivre le temps de l’écart et du questionnement sur notre présence au monde.

Penser la prière comme le temps d’un déplacement indispensable, non pour se soustraire au monde mais au contraire pour s’y engager, renouvelé.
« Aussitôt Jésus appela Simon et André, Jacques et Jean…
Aussitôt ils abandonnèrent leurs filets…
Ils pénètrent dans Capharnaüm, le jour du sabbat, aussitôt Jésus entre dans la synagogue et enseigne.
Aussitôt se tient là un homme possédé par un esprit. Jésus le guérit.
Aussitôt, la renommée de Jésus se répand dans la région de Galilée.
Sortant de la synagogue, aussitôt il allèrent dans la maison de Simon et d’André, aussitôt on parle de la belle-mère de Simon à Jésus : il la guérit.
Et le soir venu, il guérit d’autres malades. »

Aussitôt, aussitôt, aussitôt: onze fois l’adverbe grec est utilisé dans ce premier chapitre. Marc nous fait entendre l’urgence d’une proclamation en actes et en paroles. Tout le chapitre est quasiment contenu dans une journée. Cette indication temporelle renforce encore cette notion d’urgence.
Tout se précipite…
Le temps et l’espace, dès ce premier jour, semblent saturés. Et même si Jésus est la plupart du temps sujet de ces « aussitôt », il est comme débordé, submergé…
Submergé par ces demandes incessantes et totalisantes : « la Galilée entière »,« toute la ville », « tous les malades » …
Il est demandé à Jésus de tout comprendre, de tout guérir, de tout maîtriser.

Marc parle peu de la tentation mais nous savons que céder à la tentation, c’est précisément dans l’évangile, échapper aux limites humaines. Jésus, dès le premier jour de son ministère, est comme encerclé par la tentation de la toute puissance.

Dans le même sens, Jésus doit faire face à des confessions de foi bruyantes. Je dis « faire face » car ces confessions de fois prématurées dénaturent le projet de Dieu où seul doit parler le silence de la croix et du tombeau vide.
Comme le dit ma collègue Françoise Pujol, qui commentait ce texte, ces confessions de foi rendent Dieu absent par trop de présence.


Nous comprenons alors les consignes de silence de Jésus. « Sois muselé », « tais-toi », « ne dis rien à personne »… Nous comprenons aussi la nécessité pour Jésus d’un déplacement, d’un éloignement. « Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert et là, il priait. »

À la suite des dérives du premier jour, Jésus va se déplacer, se décaler physiquement pour prier. Marc écrit avec concision : « Là, il priait ». En grec, le verbe prier se dit toujours à la forme passive. Prier ne serait pas demander mais se laisser accueillir.
« Ouvre ta bouche et je l’emplirai » dit le psalmiste (Psaume 81).
Le verbe à l’imparfait contient l’idée d’une durée. Loin du temps des saccades, des accélérations, des « aussitôt », loin des mouvements tourmentés, « là, il priait ».
La prière est ici un acte de résistance car il faut de la force pour se lever le matin à la nuit noire, pour sortir, marcher vers un lieu désert, s’écarter.
Arrachement de Jésus et acharnement à le retrouver.
Jésus est comme rattrapé par l’emballement contagieux de la foule.
Le verbe qu’utilise Marc est un « hapax » (mot dont on ne peut relever qu’un exemple à une époque donnée). Littéralement, Simon et les autres poursuivent Jésus. Jésus est littéralement poursuivi, poursuivi par ce « tous te cherchent ».

C’est alors que Jésus fait cette réponse, une réponse qui prend peut-être sa source dans la prière même qu’il vient de vivre : « Allons ailleurs ».

16 mai 2008

Prier comme acte de résistance (2)

Jean-Sébastien Bach en 1735, à la demande d’un de ses proches, a écrit un livre sur sa famille, où il fait le récit de la vie de son ancêtre Veit Bach. C’était un luthérien qui vivait en Hongrie au XVI°s, parti de son pays pour vivre sa foi en Allemagne en Thuringe, berceau de la Réforme.
Meunier, il avait vendu tous ses biens en Hongrie, et il racheta un moulin en Thuringe. Tandis que les meules broyaient le grain, il jouait de la cithare. Et Jean-Sébastien Bach conclut ce récit en écrivant : « Au moins, mon ancêtre a appris le sens de la mesure ».

Frères et sœurs, nous sommes tous écrasés par le poids des soucis, l’usure de la vie, broyés par la meule de nos angoisses, des difficultés de l’existence. Alors pour garder la mesure dans nos cœurs désordonnés où s’accrochent tant d’émotions, pour permettre aux sédiments de l’être de se reposer loin de l’agitation, pour s’ouvrir à la présence de Dieu, il nous faut en quelque sorte une cithare, la cithare de Veit Bach est ici la figure même de la prière.

Une prière qui ne sert à rien si on se place sous l‘angle de la productivité, sous l‘angle du rendement, sous l’angle de la meule qui écrase. Poser la question à quoi sert la prière revient à demander à quoi sert la musique. Pour Veit Bach, la cithare vibrait à l’essentiel.

Reprenant ce qui a été dit depuis l’évangile de Marc, la prière, c’est aussi ce questionnement sur ma présence au monde, ce travail du silence où j’entends le projet de Dieu pour moi, c’est le lieu privilégié d’une rencontre où je suis appelé à me déplacer ailleurs, à poser des actes, à porter des paroles, à assumer des responsabilités dans ce monde.

Oui, dans ce monde de plus en plus confus où prolifère le rien, où la laideur s’étale partout, où la violence se démultiplie, où nous sommes soi-disant tous connectés mais où dans le même temps, nous assistons à la disparition du principe de « la prééminence de l’autre », dans ce monde où fuir semble être une réponse, et, désespérer, une tentation, la prière est une nécessité vitale…

« Au matin de la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert et là, il priait ».

Risquons-nous à un dernier commentaire. Marc précise : Jésus se lève au matin, à la nuit noire. Cette indication de temps rappelle étrangement le récit de la résurrection où les femmes se lèvent elles aussi au matin, à la nuit noire, à la recherche du corps de Jésus. Marc dont l’évangile est le plus architecturé, en rapprochant ces deux récits, a certainement une intention théologique.

Peut-être veut-il nous dire que « Prier » c’est se situer dans un mouvement, une dynamique de résurrection. « Prier » n’a jamais été « fuir » ou « déserter » le monde, mais puiser dans le silence le courage d’être. Prier c’est reconnaître en Christ, « Le Vivant », une force d’arrachement à la nuit de ce monde et une force d’engagement, de proclamation et d’espérance.

Amen.

14 mai 2008

Le vase de parfum

Chers amis,
Je me suis "motivé" pour vous faire un nouveau billet, après tout ce temps où je m'occupais de bien autre chose ; cependant, la lecture de Marc 14 dans notre groupe fut si vive que je ne résiste pas à l'envie de vous la faire un peu partager. Et, pour l'instant, des questions et rien que des questions.

  • Pourquoi Jésus vient-il dans la maison de « Simon le lépreux », personnage dont on ne nous dit rien si ce n'est qu'il est ou a été lépreux ? Pourquoi marc tient-il à nous le faire savoir ?
  • Pourquoi cette femme achète-t-elle un parfum coûteux (le nard dont il est question est extrait d'une plante qui pousse dans l'Himalaya paraît-il) ?
  • Pourquoi casse-t-elle le vase ? n'aurait-il pas été plus simple de verser le parfum après avoir ôté le bouchon ?
  • Pourquoi Jésus évoque-t-il son futur embaumement alors qu'il va ressusciter (Marc le sait, et pour cause) ?
Face à tant de bizarreries, les remarques fusent :
  • le lépreux, a-t-il été guéri ?
  • cette femme avec son parfum insensé, serait-elle une prostituée reconvertie dans les bonnes œuvres ?
  • l'attitude de Jésus me choque ! C'est d'un prétentieux !!
  • ça devait sentir la cocotte ...
  • ils se lavaient ces gens-la ?
Suite au prochain message !

13 novembre 2007

Des manteaux et des peaux

Quand Jésus est interpelé pour guérir un lépreux (Marc 1, 40), c'est de sa peau qu'il s'agit. Elle était blessée. Guérir veut dire alors : ce qui protège l'être humain, est à nouveau rendu intact et permet l'échange avec l'extérieur.

Quand Jésus chasse l'esprit du possédé de Gérasa (Marc 5, 15), celui-ci est aperçu par les habitants de la région «étant habillé». Une nouvelle contenance l'enveloppe. Il peut adresser la parole aux autres, ainsi protégé.

Les deux personnes guéries sont renvoyées chez eux, sans ménagement. Nous avons assisté au moment décisif où Jésus les redonne à leur vie quotidienne.

Ce qui se passe à partir du chapitre 10 dans l'évangile de Marc, est d'une toute autre nature : Nous assistons à une dépossession. Jésus avait auparavant annoncé, par trois reprises, sa mort ; et la direction suivie est sans ambigüité : il sera dépouillé de sa vie. ... on assiste à une dépossession des enveloppes et protections de ceux qui le suivaient :

Timée, aveugle assis au bord du chemin, rejettera son manteau pour s'approcher de lui ; il est le premier parmi les personnes rétablies par Jésus à le suivre.

Les disciples qui vont aller chercher l'ânon pour entrer à Jérusalem, déposeront leur manteaux sur son dos.

La foule de la ville posera des manteaux par terre à l'entrée de Jésus dans la ville.

Après l'arrestation de Jésus, il reste un jeune homme « n'ayant qu'un drap sur le corps » traduit la tradition. « Une fine étoffe » comme seul vêtement, indique le texte. Les manteaux étant tombés, il ne reste plus qu'une seule couche. En dessous, l'humanité sans protection, nue.

Le jeune homme s'échappe. C'est Jésus qui est amené vers la mort.

12 novembre 2007

10 novembre 2007

Les deux figuiers

Il y a deux évocations du figuier dans l'Évangile de Marc, l'une en Marc 11 et l'autre en Marc 13. Il semble difficile de lire l'histoire du « figuier desséché » en suivant le sens propre tant il semble absurde de vouloir trouver des figues hors saison et de maudire l'arbre pour cette raison (clin d'oeil cependant : nous trouvons aujourd'hui sur les étals quantité de fruits et de légumes hors saison ...). C'est tellement absurde qu'il faut bien convenir que Marc, à nouveau, « brouille les pistes » comme il vient de le faire avec l'épisode dit des rameaux pour nous dissuader de voir en Jésus un authentique roi pour le peuple entier. Voici deux pistes de lecture.

Première lecture : la tradition prophétique
Références : par exemple, Jérémie 5:17, Joël 1:7 etc.
C'est le thème du figuier désseché, mort, qui devient une annonce de déportations, exil, malheurs. Selon cette idée, Jésus annonce que tout ce qui constitue l'environnement usuel sera balayé, comme nous l'indique aussi (un peu plus loin) la « montagne renversée dans la mer » ; rien ne subsistera, ni culture ni temple ni même la population, rien d'autre ne peut tenir que la justice (évoquée à propos des changeurs de monnaie devant le Temple), la foi et la prière (évoquées à propos de la montagne) et le baptême (fin du chapitre 11). Cette « piqure de rappel » vient à point nommé pour nous rappeler que si nous (lecteurs) identifions un peu trop vite Jésus comme « fils », nous risquons d'oublier son rôle prophétique. Et un prophète, par nature, ne respecte pas l'ordre établi, il aime crier les « vérités qui dérangent » ! Reste le détail relatif à la saison, d'où la ...

Deuxième lecture : la filiation édenique
Références : par exemple, Genèse 1:28, Michée 4:4 etc.
Le figuier est évidemment l'un des arbres du Jardin d'Eden, où il représente la fructification perpétuelle (sans parler des feuilles qui peuvent avoir un autre usage), et renvoie au commandement « croissez et multipliez » que l'on n'interprétera pas seulement au plan démographique mais aussi aux plans de la sagesse, de l'étude et de la foi. C'est là que l'anecdote sur la saison prend sa valeur : Jésus reproche au figuier de ne fructifier qu'à date fixe, c'est-à-dire il reproche au peuple de ne prier (sacrifier) qu'à dates fixes - les fêtes de pélerinage, à savoir Pessah (Pâque), Shavouot (Pentecôte) et Souccot (Tabernacles).
Le modèle de la relation à Dieu que Jésus propose apparaît juste après, c'est la prière directe et à tout moment. Et on prie comme il est d'usage depuis Abraham : debout.

Finalement, aucune de ces deux lectures ne parvient à s'imposer. Marc, avec toute la finesse que nous lui connaissons, développe un portrait complexe de Jésus dont aucune facette ne gomme les autres. Respectons cette diversité et savourons le texte, encore ...

07 novembre 2007

Hosanna

[ Reprise d'un billet publié dans notre petit journal, Pâques 2007 ]
Alleluia ! Tous derrière Jésus ! Votez pour la simplicité ! La fraternité au pouvoir ! Dans cent jours l'Esprit nous gouvernera ! Hosanna !...
N'était-il pas temps que le peuple se réveille, et prenne son destin en main ? Ne fallait-il pas que le micro-projet de Jésus et de ses disciples change de dimension, que son message si nouveau soit répandu le plus largement possible ? Ah, il ne manquait pas d'allure cet épisode dit "des Rameaux"... Mais dites-moi, cet enthousiasme du peuple, cette euphorie, cet universalisme est-ce bien le seul message ? Jésus est-il vraiment un roi marchant vers le pouvoir au pas de son âne, bercé de palmes ? Est-ce la couronne de lauriers ou la couronne d'épines que vous attendiez ?
Revenons à Marc 11... où sont les rameaux déjà ? où est le peuple, où sont les disciples ? et finalement, ne pourrait-on dire que Marc nous «cache» des infos pour mieux nous guider vers la personne de Jésus ? Car au fond qui est-il en ce point du récit ? Un illuminé ou un prophète, un sage ou un gourou, un chef de tribu ou un leader politique ? Et ce peuple, est-il une nombreuse foule ou bien une toute petite troupe qui fait du bruit pour se donner du courage ? Et les disciples, sont-ils dans le peuple ou bien opposés au peuple ? Est-il bon d'en décider tout de suite ?

21 octobre 2007

Palindromes


Si nous repassons la fin du chapitre 9 et le début du 10, il saute aux yeux que certaines questions sont traitées deux fois... pourquoi donc ? Voyez un peu :
(A) 9:30 l'annonce de la Passion
(B) 9:33 qui est le plus grand ?
(C) 9:37 comme un petit enfant
(D) 9:38 amis et ennemis
(E) 9:43 occasions de chute
(E) 10: 2 adultères = occasions de chute
(C) 10:13 comme un petit enfant
(F) 10:17 l'homme riche
(B) 10:31 premiers et derniers
(A) 10:32 l'annonce de la Passion
(B) 10:35 qui est le plus grand ?

A peu de choses près, le début du chapitre 10 reprend les thèmes du chapitre 9 en les inversant. En assemblant ainsi les idées, c'est le milieu qui se trouve mis en valeur... l'histoire de l'homme riche tout particulièrement. C'est ici que tout le message se concentre : à chacun de le lire à son idée !

PS. Un palindrome est un mot qui peut se lire à l'envers, comme "SELLES".

07 octobre 2007

Compétition

Bonjour à tous ! Nous revoici après la pause de l'été, remotivés par le « samedi théologique » du Centre Hâ 32 avec Patrice Rollin. En ce bon mois d'octobre nous sommes tous plus ou moins en train de lire Marc 10, aussi permettez-moi de faire un bref retour sur le dernier chapitre avant de progresser.
En Marc 9 nous avons cette curieuse « discussion » des disciples qui se demandent « qui est le plus grand ». J'ai failli imaginer leur discussion (dispute ?) jusqu'au moment où je suis allé voir le texte de près. Le verbe que Marc met dans la bouche de Jésus (dialogizomai) est en lien avec nos mots de logique, logistique, etc., et il signifie au sens propre « calculer » et seulement au sens figuré « discuter » (tandis que le second verbe, dialegomai, signifie vraiment discuter). Gardons le sens propre pour voir où cela nous mène… les disciples sont en train de compter les mérites des uns et des autres, il font des additions pour voir qui a le plus fort total ! Eh bien je crois que c'est cela que Jésus remet en cause comme dans le dialogue avec l'homme riche (chapitre 10) : vous pouvez tenter de thésauriser des biens ou des mérites, ça ne vous avancera à rien sur le chemin que Jésus trace…

31 mai 2007

Laissez venir à moi les petits enfants

Entre Marc 9 et Marc 10 nous voyons apparaitre un nouvel acteur, l'enfant. À vrai dire, il est déjà apparu mais comme objet et toujours en lien avec la maladie ou la mort, tandis qu'à présent il devient un sujet voire un modèle. Ainsi, dans ce tableau que Lucas Cranach le jeune peignit vers 1540 en pleine période réformatrice.

Et pour vous ... ? l'enfant est-il au centre de votre foi ?
Et plus loin, une question encore plus fondamentale ... qu'est-ce qu'un enfant ?
Ce n'est pas une interrogation purement théorique, elle sous-tend non seulement l'éducation mais aussi la transmission de la foi. Pour faire court, disons qu'ici se rencontrent quatre modèles de l'enfance :

  • le modèle gréco-romain : l'enfant est celui qui ne parle pas (in-fans), on va lui inculquer tout ce qui est nécessaire pour participer à la vie sociale, le dresser en quelque sorte (educare = conduire vers). C'est aussi la péda-gogie.
  • le modèle sémitique : l'enfant est la promesse de la filiation par le sang (Abraham).
  • le modèle mosaïque, transmission de la loi et de la foi dans le cadre familial « tu le raconteras à tes enfants » (Deutéronome 4:9) .
  • le modèle chrétien : l'enfant n'est plus seulement la matérialisation de la promesse ; il résume la promesse, la foi et la loi.

11 mai 2007

Scandale !

Qu'est-ce que cette histoire de scandale, de chute ? Pour nous le verbe « scandaliser » a un sens très clair, il est synonime de « choquer ». En réalité c'est l'un des mots de notre langue qui viennent directement de l'Évangile. En grec, le mot « skandalon » désigne un piège (sans doute une branche courbée) qu'on dissimule sous un chemin ou une route pour faire chuter l'adversaire, ce que certains traducteurs rendent par « chute », « occasion de chute » (voyez la parabole du Semeur et les Psaumes 65 et 140). Les évangélistes Marc et/ou Matthieu ont alors créé le verbe σκανδαλιζω pour dire « être une occasion de chute », ce qui est devenu le moderne « scandaliser ». Le verbe est passé au latin par la traduction latine de Jérôme, puis au français.
La notion de réprobation sociale associée au scandale demeure tout à fait éloignée du message évangélique qui s'occupe uniquement de vie et de résurrection ; dans cette perspective, chute et péché reviennent au même, c'est l'éloignement de Dieu.
Clin d'œil publicitaire pour finir : ce qui crée le scandale ce n'est pas la situation elle-même c'est l'ombre projetée par elle …

06 mai 2007

Satan et les anges, seraient-ils parmi nous ?
Quand le dess(e)in de Dieu se concrétise


Dans un tissage, certains fils semblent disparaître pendant un certain temps ; le fait qu'ils deviennent invisibles à l'œil ne veut cependant pas dire qu'ils n'existent plus. Souvent ce sont eux qui portent, en tant que chaîne, le fil visible qui montre le dessin du tissage.
Le chapitre 8/9 de l'évangile de Marc fait réapparaître des thèmes qui semblaient enfouis :

Au premier chapitre, l'apparition de Satan est quelque peu irréelle pour le lecteur. Il s'impose de lui-même. On ne sait pas d'où il vient, où il va. Est-il un personnage que certains d'entre nous rencontreront pour de bon ? C'est tout le contraire du chapitre 8, où il est démasqué par Jésus. Arrivé incognito dans une parole concrète, il s'est manifesté à travers un compagnon de Jésus ; il est parmi ses plus proches.

Les anges non plus, ils n'étaient plus sur scène depuis la tentation au désert ; et le désert, c'est un lieu si lointain que personne d'entre nous n'y risque poser son pied. Maintenant, leur venue est annoncée "face aux gens d'aujourd'hui" ou "dans cette génération " (8,38), parmi nous.

Ce rapprochement du récit devient encore plus palpable dans une toute petite variation : Dans 9, 7 la voix dit : « Celui-ci est mon fils bien-aimé. Ecoutez-le ! » La relation d'intimité avec le père est ré-invoquée, comme dans le baptême, mais avec une nouvelle exigence pour l'auditoire.

04 mai 2007

Ascensions

Pourquoi découvre-t-on les personnages d'Élie et Moïse dans la scène de la transfiguration ? La meilleure réponse se trouve dans les textes eux-mêmes. Concernant Élie c'est dans II Rois 2, et pour Moïse c'est dans Deutéronome 34. La fin du livre de Malachie résonne aussi avec ce texte, lisez-la. Tant qu'à faire, puisque c'est bientôt, nous pouvons nous interroger sur l'Ascension ; les traces sont maigres, lisez la fin de l'Évangile de Luc et le début du livre des Actes c'est à peu près tout. Quel point commun entre toutes ces situations ? Pas de tombeau ! Aucun culte !
Alors, pour illustrer ce petit billet, quoi de mieux qu'un grand bol d'oxygène ?



25 avril 2007

Quand le fou montre la lune...


… l'imbécile montre le doigt (proverbe chinois). Dans cette scène presque tout le monde, avec de notables exceptions, semble vouloir montrer quelque chose ou quelqu'un. Ces doigts peuvent à leur tour montrer, questionner, accuser
… mais qu'y a-t-il à voir? et quel est l'objet du débat ?
Sans prendre de risque théologique particulier, nous pouvons affirmer qu'il est ici question de la résurrection qui suscite de grandes disputes (voyez 9:10). Alors rappelons-nous que « relever » et « ressusciter » sont quasiment le même verbe en grec. Est-ce que c'est plus clair ainsi ? Non ? Eh bien ! priez d'abord et revenons-y ensuite.

22 avril 2007

La transfiguration : tout un programme

Après avoir abondamment navigué sur terre et sur mer (enfin, sur le lac), nous touchons au Ciel.
Pour aborder ce passage central et dense, une fois de plus un coup d'œil sur un œuvre d'art nous rendra de fieffés services. Nous n'avons guère le choix, mais la pêche s'avère miraculeuse … la voici ! (cliquez sur l'image pour agrandir, et sur "retour arrière" pour revenir au blog)


Ce tableau fut peint par Raphaël en 1517, et c'est la dernière œuvre du génial peintre qu'il n'a même pas eu le temps de finir. Je ne vous en livre pas maintenant toutes les clés, regardez plutôt de près par vous-mêmes.
Une indication pour commencer : suivez les regards et demandez-vous où ils aboutissent.
Une question pour continuer : quand vous avez lu le chapitre 9, à votre avis l'enfant convulsif était-il debout ou couché ?
Une observation pour finir : c'est le père qui soutient l'enfant.